FCC – CACH : Une « coalition particulière »

La RDC est en train d’expérimenter, depuis janvier 2019, une « coalition particulière » en lieu et place d’une « cohabitation en règle ». Elle devient ainsi un cas d’école que les Congolaises et Congolais vivent présentement. Un cas d’école qui ne plait pas aux ennemis du Congo principalement à ceux qui ne juraient que par la déflagration et la balkanisation de ce pays aux potentialités immenses n’attendant qu’â être transformées en richesses.

APPEL A LA RETENUE

« La trouvaille tropicale d’une cohabitation transmutée en coalition appelle beaucoup de retenue, de sagesse, de lucidité, de discernement et de dépassement de la guerre des égos », conseillent des analystes suivant de près la levée des boucliers dans les deux camps au pouvoir. A savoir le FCC et le CACH. Une coalition qui s’impose face aux convoitises dont fait l’objet la RDC, aux menaces de balkanisation, au drame quotidien causé par les tueries innommables à l’Est du pays, aux multiples tribulations des deplacés des conflits et surtout aux crimes ignobles…

Face au défi du développement et de la pacification du pays, estiment les observateurs avertis « la coalition doit se souder, dépasser les conflits passagers, regarder dans la même direction pour engager la seule guerre qui vaille la peine, celle de la préservation de la souveraineté de la RDC, de l’intangibilité de ses frontières et de la transformation de ses immenses potentialités en richesses ».

Eu égard à la tension observée ces derniers temps entre les deux camps politiques, d’aucuns se demandent comment faire de cette alliance momentanée une entente durable pour un avenir meilleur et prospère. « Il est à relever qu’un accord rapide sur la répartition et la prise en charge du programme peut accroitre l’utilité des deux partis en coalition et l’utilité sociale », fait-on savoir.

TANDEM TSHISEKEDI-KABILA : UN MODELE

Félix Tshisekedi et Joseph Kabila tous deux autorité morale de leurs plates-formes respectives, ont donné l’exemple d’une parfaite entente. Depuis l’annonce des résultats des élections du 30 décembre 2018, les deux responsables « travaillent pour consolider cette coalition appelant concessions et compréhension mutuelles. Ils sont appelés à avancer lentement, à transporter un panier d’œufs avec délicatesse en dépit des vicissitudes, tribulations et aléas politiques ». « La marque des Grands, c’est de ramer à contre-courant des évènements, à voir loin, à se projeter sur leurs épaules pour éviter les embûches et les pièges de toutes sortes », expliquent des analystes.

GARANTIR LA FIN DE LA COALITION

C’est pourquoi, constatent des observateurs, « rien, ni personne ne saura et ne devra les impressionner à dévier de leur volonté à consolider la coalition pour le grand bien de la Nation congolaise ». Les différentes rencontres de ces deux personnalités, depuis la passation pacifique du pouvoir illustrent à merveilles le bien-fondé du mariage FCC-CACH. Les deux personnalités s’attèlent, malgré les rebuffades, résistances, excitations, incartades et gesticulations de certains de leurs proches, mouches du coche, à garantir la bonne fin de la coalition, sans atermoiements funestes, ni précipitations inconsidérées.

N’en déplaise aux pêcheurs en eaux troubles, « faisant les empressés, s’introduisant dans les affaires », manipulateurs et agitateurs de haute voltige internationale, « faisant partout les nécessaires et partout importuns », ne servent à rien. Ils peuvent aboyer, mais la caravane de la coalition poursuit et poursuivra sa route. Pour sceller davantage la coalition, les deux leaders ont lancé, le 21 avril dernier, un appel retentissant à la cohésion nationale et à l’unité des Congolais autour de la riposte à la COVID-19 ainsi que la nécessité de respecter les mesures édictées dans les deux messages à la Nation du chef de l’État.

Pour s’assurer de l’état de la coalition par rapport aux menaces internes et externes, ils se voient presque à tout moment si nécessaire. Seuls, ils détiennent le secret des tenants et aboutissants de la direction à imprimer à la marche de la Nation par le biais de la gestion de la coalition. Cependant, le génie congolais a fait que les deux forces politiques (FCC et CAHC) ont convenu d’un partenariat politique cristallisé dans la formule « Coalition ». Aussi, la « cohabitation s’est-elle muée en coalition ». En connaissance de cause, le Gouvernement est dirigé par un Premier Ministre FCC. Ce dernier dispose de 65% au plus des postes ministériels contre 35% pour le CACH.

UN ATTELAGE DIFFICILE

C’est vrai que l’attelage « Cohabitation transmutée en Coalition » est difficile à conduire mais pas impossible. « Mesurer au plus juste la proportion d’avenir qu’on peut injecter dans le présent est la marque d’un bon gouvernement (Victor Hugo). L’avenir de ce grand aux tendons d’Achille qu’est la RDC se construit aujourd’hui au prix d’une constance et d’une détermination à réussir la « coalition » envers et contre tout en se montrant « offensif, prudent et visionnaire ». Dans la vie politique, il faut être offensif. Si on se défend, on a déjà perdu (François Mitterrand).

D’une manière générale, les coalitions se forment dans l’enthousiasme mais avec des vues diverses et des intérêts divergents. En effet, l’existence de regroupements politiques en coalition nécessite un consensus sur le programme économique et social à mettre en œuvre, la gestion des coûts d’ajustement de ce programme et le mode de répartition de ces coûts en termes de sacrifices à consentir mutuellement. Souvent, c’est à ce stade qu’intervient le blocage face au changement à imprimer, au rythme et à la vitesse des réformes.

L’économie politique des coalitions relève que l’adoption d’un programme commun et partant, le succès qui en découle, dépendent de deux facteurs principaux. D’une part, la perception positive des gains du programme commun (les gagnants et les perdants dudit programme) et d’autre part, la crédibilité de ce programme.

Il est important de souligner à ce stade que tout programme comporte des coûts d’ajustement et des bénéfices y attachés, lesquels ne sont pas immédiats. Le programme exige des financements à obtenir à travers la levée des impôts et des taxes, donc une certaine renonciation de la part du public à une partie de ses revenus, civisme fiscal oblige.

LEÇON DE LA COALITION

L’économie politique des coalitions s’appuie sur l’hypothèse qu’un programme commun est adopté grâce au soutien qu’il reçoit, lui-même fondé sur le calcul rationnel par les agents privés, des gains nets individuels qu’ils en retirent. L’illustration se réfère à un modèle à deux partis politiques représentant eux-mêmes deux groupes sociaux. Il y a un consensus sur l’intérêt du programme commun dont le succès est favorable à l’amélioration de l’utilité de tous.

A défaut, il résulte la guerre d’usure procédant du refus implicite de deux partis représentatifs à supporter la plus grande part de la charge du programme en l’absence d’information crédible sur la mesure de son coût de l’ajustement budgétaire et du partage équitable qui en résulterait.

OBEIR A UNE COURBE EN J

En conséquence, la recherche d’un soutien franc et massif au programme requiert de la part des gouvernements réformateurs des engagements crédibles excluant la possibilité de les suspendre une fois le programme mis en œuvre : l’incohérence temporelle des décisions publiques est donc un obstacle à la recherche de soutiens en faveur du programme.

On peut en déduire que le programme efficace obéit à une Courbe en J : coûteux à court terme, mais bénéfique à long terme. Pour éviter de tels coûts, de nombreux Gouvernements choisissent la méthode du « programme minimum ou à minima « , c’est-à-dire l’enchaînement de petites réformes sans portée économique et sociale véritable, mises en œuvre pour entretenir la communication des dirigeants.

Le deuxième argument souvent évoqué pour illustrer le soutien important au programme commun est « l’hypothèse de crise ». Le peuple ne souhaite en effet l’application du programme que si sa situation personnelle s’est détériorée. Il s’attend à ce que le programme améliore ses conditions de vie. Cette hypothèse évoquée notamment par Drazen et Grilli, et testée empiriquement par Drazen et Easterly . Elle se heurte à la question de l’identification du niveau optimal de la crise qui provoque la mise en œuvre du programme.

Cette critique énoncée par Rodrik, perd de sa force lorsque l’on considère avec Weyland par exemple, que le niveau optimal de la crise n’est pas universel, mais propre à chaque individu. Car, les individus prennent des risques élevés quand ils sont dans la zone des pertes, mais évitent d’en prendre lorsqu’ils se situent dans leur zone de confort (i.e. des gains). Ceci justifie alors que les réformateurs privilégient les périodes de pertes, lorsque la crise est grave, pour promouvoir des réformes d’ampleur.

En premier lieu, la crédibilité du programme dépend de la réputation des autorités dans leur détermination à entretenir l’espoir du peuple sans le décevoir et à le transformer en une dynamique de transformation et de mise en mouvement de la société.

Ainsi, l’espérance de vie de la coalition est fonction de la compréhension mutuelle et des concessions réciproques par la gestion du vivre ensemble en période de crise, concluent les analystes.

(avec ForumDesAs)

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