Mains coupées des Congolais : Le mot « excuse » ne pas prononcer par le roi des belges

Les « regrets » historiques du roi des Belges Philippe sur le passé colonial de son pays au Congo ont été salués mardi en République démocratique du Congo par des responsables politiques et d’ONG, dont certains demandent des réparations. Via des sociétés concessionnaires, Léopold II a recouru au travail forcé au Congo pour extraire notamment le caoutchouc. Des exactions – jusqu’aux mains coupées pour les travailleurs insuffisamment productifs – ont été documentées.

Ces regrets mettent « du baume sur le cœur du peuple congolais. C’est une avancée qui va booster les relations amicales entre nos deux Nations », a réagi la ministre congolaise des Affaires étrangères, Marie Ntumba Nzeza, dans un message envoyé à l’AFP.

« Il ne suffit pas de dire +je regrette+. Encore faut-il être prêt à réparer les préjudices en termes d’investissements ainsi que des dommages et intérêts. C’est ce que nous attendons de nos partenaires belges », a avancé Lambert Mende, ancien porte-parole de l’ex-président congolais Joseph Kabila.

« C’est un pas dans la bonne direction. Mais cette repentance tardive ne peut être acceptée qu’après des réparations conséquentes de ces atrocités qui ont permis l’enrichissement personnel de Léopold II et ses amis », a déclaré à l’AFP Hervé Diakiese, porte-parole du mouvement citoyen « Congolais débout ».

« Le rôle trouble joué par la Belgique au lendemain de l’indépendance du 30 juin 1960 pour contrôler les minerais de la RDC doit figurer aussi parmi les matières à réparation », a-t-il ajouté.

Il a aussi invité la Belgique à restituer le « patrimoine culturel congolais qui se trouve au musée de Tervuren ».

« Il faut identifier certaines provinces qui ont été vraiment victimes des plus graves exactions comme l’Equateur, où des gens ont été tués et d’autres ont eu des mains coupées », a déclaré pour sa part Jean-Claude Katende, le président de l’Asadho, l’une des plus anciennes organisations congolaises de défense des droits de l’Homme.

Lundi soir, le président Félix Tshisekedi avait déjà rendu hommage au roi Philippe, quelques heures avant la publication des « regrets » du monarque dans une lettre qui lui était adressée.

Avec des mots forts, le président congolais a rappelé qu’il considérait la Belgique, où il a vécu en exil, comme son « autre Congo », dans son allocution télévisée lundi soir à la veille du 60e anniversaire de l’indépendance du géant d’Afrique.

Il a déclaré que le roi Philippe devait être son « invité spécial » si la pandémie de Covid-19 n’avait pas annulé toute cérémonie à Kinshasa.

Le chef de l’Etat congolais a rendu hommage au souverain belge « qui, tout comme moi, cherche à renforcer les liens entre nos deux pays sans renier notre passé commun mais dans l’objectif de préparer un avenir radieux et harmonieux ».

Il juge à ce titre nécessaire « que notre histoire commune avec la Belgique » soit écrite « par des historiens des deux pays ».

Dans une lettre adressée au président Tshisekedi rendue publique mardi matin, le roi des Belges a présenté mardi « ses plus profonds regrets pour les blessures » infligées lors de la période coloniale à ce qui était alors le Congo belge.

C’est une première historique pour un héritier du trône du roi Léopold II accusé par un collectif anticolonialiste d’avoir « tué 10 millions de Congolais » entre 1885 et 1908.

La Belgique envisage une commission parlementaire sur l’ensemble de son passé colonial, au Congo, au Rwanda et au Burundi.

« REGRETS » HISTORIQUES ?

Le roi des Belges a présenté mardi « ses plus profonds regrets pour les blessures » infligées, lors de la période coloniale, à l’ex-Congo belge, une première historique dans le sillage de la vague d’émotion mondiale après la mort de George Floyd aux Etats-Unis.

Ces déclarations mettent « du baume sur le cœur du peuple congolais. C’est une avancée qui va booster les relations amicales entre nos deux Nations », a réagi la ministre congolaise des Affaires étrangères, Marie Ntumba Nzeza, dans un message à l’AFP.

Faute de cérémonie à Kinshasa, capitale de l’actuelle République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre), rendue impossible par la pandémie de nouveau coronavirus, le roi Philippe de Belgique a adressé une lettre au président de la RDC Félix Tshisekedi à l’occasion du 60e anniversaire de l’indépendance de son pays le 30 juin 1960.

Dans ce courrier, il évoque – sans nommer son ancêtre – l’époque de Léopold II, qui a été jugée la plus brutale par les historiens, quand le défunt roi gérait le Congo et ses richesses comme son bien privé depuis Bruxelles.

« A l’époque de l’Etat indépendant du Congo (de 1885 à 1908 quand Léopold II céda le territoire à l’Etat belge, ndlr) des actes de violence et de cruauté ont été commis, qui pèsent encore sur notre mémoire collective », écrit Philippe, qui règne depuis 2013.

« Geste historique »

« La période coloniale qui a suivi (jusqu’en 1960) a également causé des souffrances et des humiliations. Je tiens à exprimer mes plus profonds regrets pour ces blessures du passé dont la douleur est aujourd’hui ravivée par les discriminations encore trop présentes dans nos sociétés », poursuit-il.

Dans une allocution télévisée lundi soir, avant que la missive soit rendue publique, le président Tshisekedi avait rendu hommage au souverain belge « qui, tout comme moi, cherche à renforcer les liens entre nos deux pays sans renier notre passé commun ».

Après ces « regrets » viendront « peut-être des excuses » comme le réclame une part croissante de l’opinion et du monde politique, a souligné La Libre Belgique. Le quotidien Le Soir a lui salué un « geste fort et historique ».

La Première ministre belge Sophie Wilmès a souhaité pour sa part un débat « sans tabou, avec sincérité et sévérité » sur cette « histoire partagée » entre Belges et Congolais. A l’occasion d’une cérémonie à Bruxelles, elle a rappelé qu’une commission parlementaire devait s’y atteler prochainement, associant experts belges et africains, une première en Belgique.

« Comme pour d’autres pays européens, l’heure est venue pour la Belgique d’entamer un parcours de recherche, de vérité, de mémoire », a affirmé la dirigeante libérale francophone.

En 2000-2001, une commission d’enquête parlementaire s’était penchée sur le contexte de l’assassinat en janvier 1961 de Patrice Lumumba, éphémère Premier ministre du Congo. Elle avait conclu à la « responsabilité morale » de « certains ministres et autres acteurs » belges.

Mains coupées

Outre le Congo, l’empire colonial belge comprenait également en Afrique le Ruanda-Urundi, territoire qui donnera naissance au Rwanda et au Burundi indépendants en 1962.

La mort de l’Afro-Américain George Floyd, asphyxié fin mai par un policier blanc à Minneapolis aux Etats-Unis, a ravivé en Belgique le débat sur les violences de la période coloniale au Congo et sur la personnalité très controversée de Léopold II qui régna de 1865 à 1909.

De nombreuses statues représentant l’ancien souverain à la longue barbe ont été vandalisées à travers le pays, souvent recouvertes de peinture rouge symbolisant le sang versé par les Congolais.

Certaines universités et municipalités belges ont également décidé de retirer statues ou bustes, comme mardi après-midi dans un square public à Gand (Nord-Ouest). « Léopold II est le symbole d’un système reposant sur le racisme, l’exploitation et la violence », a souligné la ville à cette occasion.

Dans une pétition ayant recueilli plus de 80.000 signatures, le collectif « Réparons l’Histoire » a réclamé que « toutes les statues » en hommage à Léopold II soient retirées à Bruxelles.

Le texte de cette pétition, un des éléments déclencheurs de la mobilisation désormais relayée par des élus belges, accuse Léopold II d’avoir « tué plus de 10 millions de Congolais », un nombre contesté par les historiens qui évaluent la « décroissance démographique » (morts, famines, maladies…) entre 1 et 5 millions.

Via des sociétés concessionnaires, Léopold II a recouru au travail forcé au Congo pour extraire notamment le caoutchouc. Des exactions – jusqu’aux mains coupées pour les travailleurs insuffisamment productifs – ont été documentées.

(avec Afp)

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