Pierre LUMBI : Crise cardiaque ou empoisonnement ?

Après le Juge Yanyi, Luigi Gizenga et tant d’autres… voici Pierre Lumbi : Un des combattants infatigables qui a réclamé à cor et à cri, l’alternance par l’organisation des élections, conformément au délai fixé par la Constitution en décembre 2016. Une noble mission qui ne lui a pas fait reculer malgré les différentes répressions et maintes fois sanglantes, au nom de la libération de son pays. Pierre Lumbi, qui a été dans tous les fronts pour l’avènement de l’alternance démocratique au sommet de l’État, passe l’arme à gauche. Le secrétaire général du parti de Moïse Katumbi a succombé des suites d’une crise cardiaque, laissant derrière lui sa mémoire qui restera à jamais gravé dans les annales de l’histoire politique de la RDC comme un des acteurs courageux, parmi tant d’autres, dans le combat du peuple en faveur de l’alternance. C’était un acteur socialement et politiquement engagé de très longue date. Sous couvert d’anonymat, des voix se lèvent pour dénoncer une mort suspecte causée par des « substances toxiques ». Certaines voix parlent même d’un empoissonnement pur et simple !

Le sénateur Pierre Lumbi, également ancien conseiller spécial de l’ancien président de la République, Joseph Kabila, avant de devenir un acteur majeur de l’opposition, a rendu l’âme dimanche 14 juin, au Centre médical de Kinshasa (CMK) des suites d’une crise cardiaque, selon sa famille politique. D’autres sources évoquent la Covid-19.

Un décès synonyme d’un grand vide sur l’échiquier politique congolais. Et pour cause, l’homme qui rejoint son ami de toujours, Guillaume Samba Kaputo, dans l’au-delà, n’était pas qu’un simple acteur politique. Il a été parmi les hérauts et héros de la société civile au sens authentique du terme. La très célèbre solidarité paysanne, c’est bien lui. Cette société civile qui a joué un rôle majeur dans le long processus de démocratisation du pays via la Conférence Nationale Souveraine (CNS).

C’est tout naturellement qu’Etienne Tshisekedi, élu Premier ministre à la CNS, le portera à la tête de la diplomatie congolaise. Des années plus tard, Pierre Lumbi et son alter ego accouchent du MSR (Mouvement social pour le renouveau). Ce parti du maïs qui a permis en 2006 à la kabilie d’avoir deux fers au feu. Résultat : le MSR s’est posé en deuxième force politique au sein de la Majorité d’alors.

L’épopée du stratège ne s’arrête pas là. On retrouve Pierre Lumbi à la manœuvre à l’occasion de la création du G7, un regroupement issu de la fronde au sein de la MP (Majorité présidentielle). Un coup dur pour la kabilie qui a vu certains de ses barons très ancrés sociologiquement, tenir la dragée haute à la Majorité présidentielle. Le mythe Katumbi se puisera dans le stock de stratégie de Pierre Lumbi. L’homme revêt d’officier la sortie du méga parti katumbiste, « Ensemble pour la République » dont il est le Secrétaire général. Hélas le destin en a décidé autrement.

L’on comprend toute la peine de Moïse Katumbi. Il vient de perdre son stratège en chef.

A l’annonce de sa mort, plusieurs acteurs politiques de la scène congolaise rappellent le sens de l’organisation de l’illustre disparu. 

Qui était Pierre Lumbi ?

Déjà, au cours de ses études supérieures à Lyon, en France, il a milité dans le mouvement tiers-mondiste de lutte pour un monde plus juste dans la répartition des richesses et pour la souveraineté des peuples. Après ses études en 1978, il a opté pour organiser les paysans dans l’Est de son pays, alors Zaïre, plutôt que pour exercer son expertise de psychologue clinique dont il détient un diplôme de licence.

Ce choix de vie l’a amené à initier « Solidarité Paysanne », la toute première organisation non gouvernementale (ONG) laïque de la RDC. Lorsque le président Mobutu a libéralisé l’exercice de la politique en avril 1990, sous l’impulsion de Pierre Lumbi, « Solidarité Paysanne » a pris l’initiative de mobiliser les organisations sociales pour qu’elles structurent en une Société civile, en vue de participer et peser dans le débat en cours sur la démocratie, les droits de l’Homme et la bonne gouvernance.

Lancé à partir d’avril 1991 au Centre Bondeko de Limete à Kinshasa, le mouvement de la Société civile s’est alors engagé dans la lutte pour l’organisation d’une conférence nationale souveraine (CNS). La dynamique de la Société civile coalisée avec les partis politiques d’opposition regroupés dans l’Union sacrée de l’opposition radicale (USOR) a dominé la CNS, au point où ses travaux ont été suspendus par le pouvoir de Mobutu.

Pour que ce forum-symbole de la lutte contre la dictature pour la démocratie reprenne ses travaux, Pierre Lumbi a initié le Comité Laïc de coordination, un regroupement des laïcs chrétiens, qui a organisé la Marche d’espoir le 16 février 1992. Cette marche, violemment réprimée par l’armée du régime Mobutu, a été la manifestation populaire pacifique jamais organisée à Kinshasa et dans d’autres provinces du pays.

Pendant cet épisode de lutte pour la démocratie, pour le compte du leadership associatif, Pierre Lumbi a participé aux négociations politiques de Palais de Marbre 1, Palais de Marbre 2 et du Palais du Peuple. Il a fait partie de plusieurs gouvernements pour le compte de la Société civile. Après la chute de la dictature de Mobutu, à l’avènement de Joseph Kabila à la présidence de la RDC, Pierre Lumbi est au cœur du nouveau pouvoir.

Lorsque le MSR est devenu la deuxième force politique de la majorité au Parlement et troisième du pays à l’issue des élections en 2006, Pierre Lumbi a successivement exercé, de 2006 à 2015, les fonctions de ministre d’Etat chargé des Infrastructures, Travaux publics et Reconstruction et de conseiller spécial du chef de l’État en matière de sécurité. Après la rupture avec la majorité présidentielle en septembre 2015, le MSR est passé à l’opposition.

En mars 2016, le MSR s’est coalisé avec six autres partis pour créer le G7. En juin de la même année, le G7 a fait partie des initiateurs du Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement (Rassemblement). Après le décès d’Étienne Tshisekedi, président du comité des sages du Rassemblement qui devrait devenir président du Conseil de suivi de l’Accord politique du 31 décembre 2016 (CNSA), Pierre Lumbi a été voté pour le remplacer par cinq plates-formes sur les neuf signataires de la création du Rassemblement en juin 2016, à Genval en Belgique.

Il fut élu sénateur à l’issue des élections de mars 2019. Avant sa mort, Pierre Lumbi était secrétaire du nouveau parti de l’opposant Moïse Katumbi, « Ensemble pour la République ».

(avec lePotentiel)

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