Lukwebo – Nkulu : Paternité querellée de l’AFDC-A

La paternité querellée, au plan légal et légitime, du regroupement politique «AFDC-A» : d’un côté, les croisés du sénateur professeur Modeste Bahati Lukwebo, d’un autre, les Saljûqides du Dr Néné ILUNGA Nkulu. La position exprimée, il y a quelques jours, par la Cour constitutionnelle n’ayant pas force d’un arrêt, elle n’a pas, hélas, formellement tranché sur le débat ; au contraire, elle a ravivé les esprits.

Jamais la scène politique congolaise aura été simultanément secouée comme aujourd’hui : Covid-19, la vedette internationale du show ; Bitakwira alias Kamerhe ; Mamba sacrifié sur l’autel de Kabund ; la bave de crapaud de Goya contre le crawl de l’aigle du Maniema ; la marre parlementaire et sénatoriale : autant d’éboulements, autant de pandémies nationales.

Il vient de s’ajouter une autre : la paternité querellée, au plan légal et légitime, du regroupement politique «AFDC-A» : d’un côté, les croisés du sénateur professeur Modeste Bahati Lukwebo, d’un autre, les Saljûqides du Dr Néné Nkulu. La position exprimée, il y a quelques  jours, par la Cour constitutionnelle n’ayant pas force d’un arrêt, elle n’a pas, hélas, formellement tranché sur le débat ; au contraire, elle a ravivé les esprits.

Le droit n’étant pas, en l’espèce, explicitement servi par la netteté de l’énonciation, tentons une autre approche : la sémiolinguistique. Scientifique, elle est fondée sur la maîtrise de l’exactitude des concepts et des termes et structurée ici de manière diachronique et synchronique.

Jouons sur les mots

Mais auparavant, essayons de comprendre la position de la Cour constitutionnelle. D’aucuns allèguent que cette dernière – conformément à la décision du Ministère de l’Intérieur de ne point reconnaître l’AFDC-A/FCC de peur de «dédoubler» un parti politique existant – n’a fait qu’«identifier» l’AFDC-A du professeur sénateur Bahati comme regroupement «ayant pris part aux élections de 2018». Ce qui n’est pas le cas de l’AFDC-A/FCC.

Jouons sur les mots : c’est quoi, «identifier» ? C’est conférer une «identité», c’est-à-dire, reconnaître à quelqu’un ou à quelque chose le caractère et des caractéristiques spécifiques (qui le distinguent d’un autre). Voilà pourquoi, au plan civil, il est interdit de porter une double «identité». Ce refus de l’isomorphisme est ce qui, en chimie par exemple, empêche un élément d’avoir une constitution analogue avec un autre.

Si en 2018, l’AFDC-A s’est alignée pour les élections, cela veut dire que c’est elle, en exclusion de tout autre regroupement portant éventuellement cette dénomination, qui a été autorisée à bénéficier d’une décision de «habeas corpus», comme chez les Britanniques, en 1679. Si cela n’est pas une reconnaissance formelle, qu’est-ce donc ? Et si cela n’est pas une identité exclusive, par quoi distinguerait-on cette plate-forme d’une autre ?

Sans aucun parti pris, mais campant uniquement sur les hauteurs des mots, nous estimons que la position de la Cour constitutionnelle n’appelle pas une interprétation superfétatoire : une fraction est reconnue, une autre ne l’est pas. Mais cette reconnaissance implicite excipe-t-elle d’une variation ultérieure ? Nullement. En d’autres termes, était-il interdit à ce regroupement de connaître une mutation, de «muter» vers une autre réalité politique, par exemple l’AFDC- A/FCC ? Absolument pas.

Qui peut, en effet, empêcher un cocon de se régénérer, de devenir chrysalide puis papillon, d’émigrer comme on dit, puis un jour de transhumer ? Ces différentes transformations sont normales, dans le métabolisme d’un organisme, de même que dans une structure politique. D’où la notion, quoiqu’abusive, du dynamisme de la vie politique. Et c’est ici qu’intervient notre démarche diachronique et synchronique. Procédons par la maïeutique socratique nous permettant d’accoucher individuellement des réflexions et des réponses adéquates.

Sur le plan diachronique

1°) En 2018 ou avant, le parti politique AFDC est créé : qui en est l’initiateur, le fondateur et qui en sont les membres co-fondateurs ? Quelles sont les dispositions statutaires définissant les organes, la qualité des membres (effectifs, sympathisants et d’honneur), le fonctionnement du parti, l’instance de gestion quotidienne, de représentation ou de responsabilité d’ester en justice, les modes de retrait ou d’exclusion des membres et enfin et surtout les conditions et les modalités de dissolution du parti ?  Répondre à toutes ces questions permet de statuer sur la légalité et la légitimité des actes posés.

2°) À quel moment de l’histoire AFDC est-elle devenue AFDC-A ? Qui ont été les acteurs (mieux : les actants) de cette mutation qualitative ? Quels en ont été les mobiles ? À ce moment de l’histoire, la structure fondamentale, l’étymon, le sème, le socle, AFDC, a-t-elle disparu et de quelle manière ? Où sont les actes, les PV, et que disent-ils ? Répondre à cette autre série de questions permet de savoir si, à côté de l’AFDC-A – reconnu comme un regroupement politique, c’est-à-dire, un ensemble de structures coalisées en vue d’un but précis, limité dans l’espace et le temps – la loi a implicitement aboli l’existence d’un parti politique dénommé AFDC tout court. 

3°) Dans cette nouvelle configuration (parti politique non aboli mais rallongé par une excroissance momentanée nommée «regroupement politique»), que prévoient les statuts en ce qui regarde la gestion quotidienne, la représentation, l’organisation structurelle, l’exclusion et la dissolution du regroupement ? Car nous pensons que le signe de ponctuation trait d’union (-) ou même la barre penchée (/) symbolise, stylistiquement parlant, soit l’ambivalence, soit l’attelage, soit l’opposition. Exemples : coalition FCC-CACH ; derby Barcelone-Real de Madrid. Il ne s’agit donc nullement de la non-existence ou de la négation de l’une des composantes ; la réalité, bien au contraire, est composite ; elle est même soulignée, renforcée précisément par ces éléments de sémiologie. Où voulons-nous en venir ? À la logique et au bon sens élémentaire que «AFDC» est une chose, et que «A» (Alliés) en est une autre. L’un n’annule pas l’autre. 

4°) À quel moment de l’histoire «AFDC-A/FCC» est-elle née ? De toute évidence, après l’existence de l’AFDC-A puisque la réalité «FCC», collée ou attelée au groupe AFDC-A,  est une nouvelle «excroissance» : une nouvelle naissance dans une famille est toujours une «augmentation». En termes scientifiques médicaux, cela s’appelle une fibrose, une métastase ou encore une hypertrophie, tous ces termes désignant une augmentation (généralement maladive, négative) du volume anatomique. 

Au plan de l’analyse synchronique

Où veut-on en venir ?  Au cœur du débat sur la paternité. Simultanément en effet, et nullement sans gêne, les uns et les autres s’accusent de «dissidence». La question : qui est dissident de qui ? Du latin ‘dissidere’ (16e av. 18e s. et signifiant «être en désaccord»), le terme «dissident»  désigne quiconque est en dissidence, c’est-à-dire, en séparation, en division, en désaccord ;  qui prend distance par rapport à la situation existante. (Soulignons le mot : «existante»). Sans entrer dans les alcôves de la petite histoire de ce regroupement et sans aucun jugement de valeur des deux réalités, il est impensable, disons mieux : c’est une absurdité intellectuelle d’alléguer que le socle, l’origine, le point de départ d’une distanciation soit en même temps son point d’arrivée ! Complètement absurde.

En d’autres termes : comment le concept a quo peut-il signifier ad quem, à moins que cela ne soit un nouvel aboutissement, et dans ce cas d’espèce, un simple retour au bercail ? Une réalité politique est partie d’une autre ; a pris distance vis-à-vis de l’autre. Dans ce cas, est-ce AFDC-A qui est issue de l’AFDC-A/FCC ou le contraire ? Qui a existé le premier ? Toute dissidence, en effet, est fondamentalement une réaction (juste ou injustifiée) ; une rébellion, un schisme. Le contraire est un non-sens.

Terminons cette analyse politico-sémio-linguistique par un fait de l’histoire et une réflexion philosophique. L’Anglicanisme fut déclaré au 16e siècle religion officielle de l’Angleterre par Henri VIII (1509-1547). En se détachant de Rome, il consacra le schisme de cette église par rapport à l’Église catholique. Personne n’a jamais pensé à considérer le catholicisme comme une dissidence de l’anglicanisme. Ensuite, du point de vue philosophique, personne ne peut jamais penser que l’être provienne du non-être, ou que le non-être, le non-existant, génère l’être ou l’existant. Si, en 2018, l’AFDC-A/FCC n’a jamais existé comme l’a été AFDC ou même comme l’AFDC-A, comment, par quelle magie, quelle absurdité, peut-elle qualifier cette dernière de «dissidente» ? On voudrait comprendre.

(Prof. Masegabio Nzanzu, UPN)

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