Emmanuel Macron, président français.
Emmanuel Macron, président français.

Pandémie : Craintes d’une résurgence du Covid-19 après le déconfinement

Le nouveau coronavirus a officiellement touché plus de 5 millions de personnes dans le monde, principalement en Europe où le déconfinement se poursuit avec l’angoisse d’une résurgence, au moment où la Chine s’apprête à proclamer sa « victoire » sur l’épidémie.

Le nombre de cas officiellement diagnostiqués a doublé en un mois pour atteindre au moins 5,01 millions, parmi lesquels 328.220 décès, selon un comptage de l’AFP.

Si ce bilan est sans doute largement sous-évalué, les données recueillies auprès de sources officielles révèlent une accélération du nombre de nouveaux cas avec des augmentations particulièrement élevées ces dix derniers jours.

Continent le plus touché avec près de 2 millions de cas, dont plus de 170.000 mortels, l’Europe progresse néanmoins sur la voie d’une très lente normalisation.

Après deux mois de confinement, Chypre a rouvert ses cafés, restaurants en plein air et salons de coiffure ainsi que des écoles. Si les plages vont aussi rouvrir samedi –pour les baignades, pas pour le bronzage–, aéroports et hôtels restent fermés, prolongeant le supplice du secteur touristique, crucial pour l’économie de l’île.

Des avancées qui s’accompagnent de la crainte d’une recrudescence de l’épidémie.

Soleil printanier aidant, le retour de l’apéro en terrasse en Italie a alarmé les autorités. « Ce n’est pas le moment pour la fête ou la +movida+! », a prévenu le Premier ministre Giuseppe Conte.

En Espagne, le port du masque dès six ans est désormais obligatoire dans tous les lieux publics quand il n’est pas possible de garder ses distances.

Une mesure saluée à Madrid par Cristina Quevedo Jorquera. « Cela me donne un sentiment de sécurité », a expliqué cette enseignante à l’AFP. « Il y aura encore des contaminations avec le masque mais sans masque, cela reviendrait à se jeter à l’eau sans savoir nager ».

La directrice du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), Andrea Ammon, a prévenu que l’Europe devait se préparer à une deuxième vague épidémique. « Je ne veux pas dresser une image catastrophique mais je pense que nous devons être réalistes. Ce n’est pas le moment, maintenant, de se relâcher complètement », a-t-elle dit dans un entretien au quotidien The Guardian.

Menace chinoise de « rétorsion »

En Chine, où l’épidémie est officiellement apparue en décembre dans la ville de Wuhan, les 3.000 députés de l’Assemblée nationale populaire (ANP) vont se réunir à partir de vendredi pour la grand-messe annuelle du régime communiste du président Xi Jinping.

La session « devrait donner l’occasion à Xi Jinping de proclamer la victoire totale dans ‘la guerre populaire’ contre le virus », prévoit la politologue Diana Fu, de l’Université de Toronto (Canada), même si le pays redoute une deuxième vague après la résurgence du virus dans certains endroits ces dernières semaines.

Restée de marbre après les propos de Donald Trump qui l’a accusée d’être responsable d’une « tuerie de masse mondiale », la Chine a en revanche menacé de « mesures de rétorsion » si le Congrès américain adoptait des sanctions pour son rôle supposé dans la propagation de l’épidémie.

« Nous sommes fermement opposés à ces projets de loi et adopterons une réponse ferme et des mesures de rétorsion » s’ils sont adoptés, a averti devant la presse le porte-parole de l’ANP, Zhang Yesui.

L’épidémie continue à faire des ravages aux Etats-Unis, pays le plus touché au monde en nombre de contaminations (1,55 million de cas) et de décès (plus de 93.400).

Très critiqué pour sa gestion de la crise, le président américain veut coûte que coûte redémarrer l’économie de son pays à quelques mois de l’élection présidentielle et plaide pour un retour à la normale, notamment en préconisant un G7 de visu.

Le président du Conseil européen, Charles Michel, et le chef de l’Etat français, Emmanuel Macron, se sont dits disposés à se rendre à Camp David, la résidence de villégiature officielle du président américain, « si les conditions sanitaires le permettent ».

Accélération des cas en Amérique latine

L’Amérique latine et les Caraïbes sont la région où le nombre de cas augmente désormais le plus avec près de 30.000 nouveaux cas recensés mercredi.

Le Brésil est en première ligne, subissant une accélération marquée de l’épidémie avec un bilan quotidien qui vient de grimper jusqu’à 1.179 décès. Mais le président d’extrême droite Jair Bolsonaro continue de minimiser la dangerosité du virus et de critiquer le confinement.

Le photographe franco-brésilien Sebastiao Salgado, 76 ans, qui a passé sa vie à immortaliser avec son objectif la condition des plus pauvres et leur environnement dégradé, craint que les peuples indigènes d’Amazonie ne subissent un « génocide » faute de soins dans le Brésil de Jair Bolsonaro.

Sous la pression du chef de l’Etat brésilien, le ministère de la Santé a recommandé mercredi l’usage de la chloroquine et de son dérivé, l’hydroxychloroquine, pour les patients atteints d’une forme légère du Covid-19.

Dans l’attente d’un vaccin et d’un remède, l’emploi de cet antipaludéen et de son dérivé fait débat, leur effet contre cette maladie n’ayant pas été prouvé à ce jour.

Lueur d’espoir: des chercheurs ont montré que des singes vaccinés ou infectés par le nouveau coronavirus avaient développé des anticorps leur permettant d’être protégés contre une nouvelle infection.

Au Mexique, la reprise éventuelle du championnat de football a du plomb dans l’aile après que huit joueurs de l’équipe de Santos Laguna ont été testés positifs.

« Cela complique singulièrement le scénario d’une reprise », a reconnu le propriétaire de Santos Alejandro Irarragorri sur la chaîne de télévision sportive TUDN.

Toujours dans le domaine sportif, le président du Comité international olympique (CIO) Thomas Bach a admis que les Jeux olympiques de Tokyo, repoussés d’un an à cause de l’épidémie de Covid-19, seraient annulés s’ils ne se tiennent pas en 2021.

VIGILANCE DE MISE POUR UN LONG WEEKEND DÉCONFINÉ EN France

A l’occasion du long week-end ensoleillé de l’Ascension de nombreux Français ont pris la route jeudi, goûtant pour certains aux joies de la plage, des regroupements qui suscitent toujours la crainte d’une reprise de l’épidémie de coronavirus.

« Il fait beau dehors, on sait que c’est très compliqué et la tentation est forte après des semaines de confinement », a reconnu Olivier Véran, qui constatait déjà mercredi une « accélération » des « regroupements » à la veille du « pont » de l’Ascension.

Le ministre de la Santé a souligné qu’il était « trop tôt pour tirer des conclusions » sanitaires de la levée partielle du confinement de la population, le 11 mai, même s’il n’y a pas pour l’heure de signes d’une « re-croissance » de la circulation du coronavirus, qui a fait au moins 28.132 morts en France.

« On ne voit pas de deuxième vague arriver », a confirmé jeudi Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes, sur France 2. Mais « ça ne veut pas dire que l’épidémie est arrêtée », a-t-il lui aussi averti.

Les contrôles routiers étaient nombreux pour faire respecter la règle de déplacements limités à 100 kilomètres autour du domicile. Et visiblement beaucoup avaient hâte de partir: la circulation était ainsi dense jeudi matin sur l’autoroute A6 au départ de Paris, avant de se calmer dans l’après-midi.

Cinq communes du Morbihan et une du Finistère ont demandé la fermeture de leurs plages, rouvertes le week-end dernier, après avoir constaté le non respect des règles de distanciation.

La mairie de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) a rendu le port du masque obligatoire de 11H00 à 18H00 dans certaines rues très commerçantes. Des policiers municipaux patrouillaient pour s’en assurer, et un crieur de rue déguisé en corsaire rappelait les règles de distanciation.

Brutal et intense

Ailleurs, plages et plans d’eau continuent à rouvrir, notamment en Méditerranée, le plus souvent en « mode dynamique » : pas question de s’asseoir ou de faire des châteaux de sable, encore moins de s’allonger pour bronzer. En Occitanie, des dizaines de lacs et plans d’eau, notamment dans le massif pyrénéen, ont été rouverts au public pour la promenade, la pêche et quelques activités nautiques. Baignade et pique-nique restent interdits, comme les groupes de plus de 10 personnes.

Il existe toutefois des exceptions : à la Grande-Motte, il est possible de bronzer, à condition d’avoir réservé à l’avance son emplacement, délimité par des cordes. Idem à Leucate, où l’on peut s’étendre sur la plage pendant deux heures, avec une distance de cinq mètres entre chaque groupe. « On souhaitait expérimenter un système permettant le bain de soleil en toute sécurité, sur 400 mètres de plage », explique le maire Michel Py.

En Martinique, les plages de 12 des 24 communes du littoral ont également rouvert au public jeudi, après celles de plusieurs municipalités de Guadeloupe la veille.

Le parc d’attraction vendéen Le Puy du Fou a annoncé de son côté une réouverture le 11 juin, affirmant avoir été informé d’une décision du président de la République de rouvrir les sites touristiques et parcs à thème en zone verte le 2 juin.

Le secrétaire d’Etat au Tourisme Jean-Baptiste Lemoyne a dit se réjouir « que ce travail de préparation à la réouverture, avec comme objectif le 2 juin, soit désormais enclenché avec le Puy du Fou comme avec d’autres sites de loisirs », dans une déclaration transmise à l’AFP.

Le gouvernement a promis 18 milliards d’euros pour aider le secteur du tourisme, fortement impacté par le confinement et la crise sanitaire.

Le secteur des transports devrait également y laisser des plumes : le constructeur automobile Renault doit dévoiler le 29 mai les contours d’un vaste plan d’économies de deux milliards d’euros, et finaliser un prêt bancaire d’environ cinq milliards d’euros garanti par l’Etat.

Le Premier ministre Edouard Philippe a assuré que le gouvernement présenterait la semaine prochaine un plan pour le secteur automobile. Et qu’il serait « intransigeant sur la préservation des sites (en) France ».

Autre dossier chaud, les municipales, sur lesquelles Edouard Philippe devrait envoyer son rapport au Parlement entre vendredi et samedi, après un avis très prudent de son Conseil scientifique. Une possibilité serait d’organiser le second tour en juin, très probablement le 28, l’autre de le repousser jusqu’à la date butoir de janvier 2021.

Lacunes

Un autre secteur dont la crise a été mise en évidence par l’épidémie est le système de santé français. La Commission européenne a pointé les « lacunes » de la France dans la préparation à ce type d’événement.

Plusieurs centaines de personnes ont manifesté au son des casseroles jeudi devant l’hôpital Robert Debré à Paris pour réclamer des « lits » et « du fric pour l’hôpital public ». Des soignants brandissaient des pancartes « blouses blanches colère noire » ou « managers technocrates, hors hôpital », entourés de « gilets jaunes » et d’élus comme le député LFI Eric Coquerel.

Olivier Véran, qui doit lancer lundi une grande consultation des acteurs du secteur, a promis « des mesures d’ampleur » et « dans une certaine mesure radicales », affichant l’ambition d’aboutir mi-juillet.

Au menu: des hausses de salaires pour les soignants mais aussi des réorganisations et un allègement du « carcan qui empêche ceux qui le souhaitent de travailler davantage » — en clair un assouplissement des 35 heures.

LE MASQUE EST DEVENU OBLIGATOIRE EN ESPAGNE

Ne pas en mettre, c’est comme « se jeter à l’eau sans savoir nager ». Déjà largement porté, le masque est devenu obligatoire jeudi en Espagne et est perçu comme indispensable pour combattre l’épidémie.

« Plus nous utilisons d’outils (contre le virus), mieux c’est », dit à l’AFP Miguel Domingo, architecte de 49 ans promenant ses deux chiens dans le quartier de Chueca à Madrid, où la chaleur est déjà intense.

« Ce n’est pas une question d’obéissance » aux règles dictées par le gouvernement mais « de responsabilité ». « Si tout le monde avait eu la responsabilité d’avoir un peu de bon sens » en mettant un masque dès le début, le virus « ne se serait pas répandu comme une traînée de poudre dans toute l’Europe », ajoute-t-il.

Déjà obligatoire dans les transports en commun depuis le 4 mai, le masque l’est désormais en Espagne dès l’âge de six ans dans la rue ou dans les lieux fermés comme les magasins lorsqu’il n’est pas possible de maintenir une distance de sécurité de deux mètres avec quelqu’un. De 3 à 5 ans, son usage est recommandé.

« Cela me donne un sentiment de sécurité », souligne Cristina Quevedo Jorquera, professeur des écoles de 47 ans.

« Il y aura encore des contaminations avec le masque mais sans masque, cela reviendrait à se jeter à l’eau sans savoir nager », juge-t-elle.

Ses enfants « se sont habitués facilement », assure-t-elle depuis que sa fille de 10 ans a été « malade et devait porter un masque tout le temps à la maison » au plus fort de l’épidémie. Malgré les soupçons, « nous n’avons pas su si c’était le Covid car ils ne l’ont pas testée », indique-t-elle.

« Cela me gêne quand je cours »

Dans les rues de Madrid, épicentre d’une épidémie qui a fait près de 28.000 morts dans le pays, l’obligation n’a pas changé fondamentalement les choses alors que le masque était déjà d’usage pour une grande partie des habitants depuis qu’ils ont été autorisés à sortir se promener ces dernières semaines.

« Le fait que cela soit devenu obligatoire ne m’est pas apparu comme un effort supplémentaire. C’est une bonne chose si c’est quelque chose qui nous aide à sortir de cette situation », déclare Maria Herrero, qui promène sa fille d’un an et demi dans sa poussette.

« C’est vrai que cela n’est pas confortable, qu’il fait chaud, mais c’est une mesure qui a du sens, car nous sommes très nombreux dans la rue et il peut très bien y avoir des gens qui ont (le Covid-19) sans le savoir », abonde Marta Ranz, mère de trois enfants habitant dans le quartier aisé de Salamanca.

Pour les enfants, le port du masque est plus compliqué. « Des fois ils ne veulent pas sortir pour ne pas avoir à mettre le masque, car ils ne peuvent pas toucher les choses, car il n’y a pas de balançoires », ajoute-t-elle.

Sa fille Marcela, 8 ans, confirme. « Cela me donne chaud et cela me gêne car quand je cours, je n’ai pas d’air et c’est très, très embêtant ».

Mais malgré cela elle comprend. Car si les gens ne mettent pas de masques, « le virus ne partira jamais ».

LES HABITANTS DE CODOGNO (SUD-EST DE MILAN) REPRENNENT LEURS ACTIVITÉS

C’est ici que tout a commencé, mi-février. Petite bourgade tranquille de Lombardie, dans le nord de l’Italie, Codogno, la ville du « patient numéro un », retrouve un peu de liberté à mesure que l’Italie se déconfine, mais garde les stigmates du « choc » du coronavirus et la peur d’un retour de l’épidémie.

Ce milieu de semaine, le soleil illumine en une journée presque ordinaire de printemps les places pavées et les terrasses des pizzerias entre lesquelles slaloment les bicyclettes.

Comme dans toute la péninsule italienne, cafés, restaurants et commerces ont commencé à rouvrir ce lundi à Codogno, nouvelle étape du déconfinement dans un pays traumatisé par une pandémie qui a fait plus de 32.000 morts en trois mois.

Au pied des élégants bâtiments rose et jaune du centre-ville, des adolescents dégustent glaces et expressos. L’angélus au clocher de l’église de briques rouges appelle les fidèles à la messe, alors que les célébrations religieuses sont elles aussi de nouveau autorisées.

La scène est presque une carte postale à l’italienne, si ce n’était les masques chirurgicaux sur tous les visages, et les distances soigneusement maintenues entre les individus.

Le « Wuhan italien »

« Découvrir que le virus dont nous entendions tellement parler en Chine était arrivé ici a eu un impact psychologique énorme », se souvient Maria Luisa Brizzolari, avocate de 46 ans. « Tout ça avait l’air si lointain, et tout d’un coup c’était là, parmi nous! »

« Cette histoire est derrière nous maintenant, mais c’est comme si c’était toujours là justement, caché quelque part… »

Le 20 février, le premier cas de coronavirus contracté en Italie, et non pas en Chine, est annoncé officiellement dans la petite ville de 15.000 habitants, à environ 60 km au sud-est de Milan.

Le « patient numéro 1 » est un homme de 38 ans, Mattia Maestri, un cadre de la multinationale anglo-néerlandaise Unilever. Ce grand sportif, qui n’est pourtant pas parti en voyage récemment, vient d’être pris en charge trois jours plus tôt à l’hôpital local pour un accès de fièvre, de la toux et des difficultés respiratoires.

Sa femme enceinte est contaminée, son père décède peu après du virus. Les cas se multiplient parmi les visiteurs de l’hôpital et les clients des cafés du coin.

Le 21 février, le gouvernement ordonne le bouclage de toute la localité, puis de neuf villes voisines.

« La météorite coronavirus est tombée précisément ici », se souvient le préfet de la province lombarde de Lodi, Marcello Cardona, lui-même tombé malade.

« En une nuit nous avons inventé le lockdown », qui a « permis d’organiser la défense sanitaire de Milan, de l’Italie et de l’Europe », a-t-il raconté cette semaine dans les colonnes du quotidien La Repubblica.

« Les médecins et les personnels de santé ont été subitement très clairs: Codogno était considéré comme le Wuhan (ville chinoise d’origine du virus) italien et la Lombardie comme l’Hubei (province chinoise d’origine) du pays. Il n’y avait pas de temps à perdre: il fallait suivre l’exemple chinois et tout fermer ».

La ville de la peste

« Ç’a été la plus féroce des guerres, car là on ne voyait pas l’ennemi », se remémore Giancarlo Barcelesi, un retraité.

La ville respire de nouveau, mais elle n’oubliera pas de sitôt, résume le Père Iginio Passerini, 72 ans.

Dans l’esprit de tous, Codogno est « vue désormais comme une ville pestiférée », regrette Paula Visigalli, 20 ans. « J’entends que des gens veulent venir ici pour voir où tout ça s’est passé… Mais il n’y a rien à voir, Codogno est une ville comme une autre ».

Pour l’avocate Maria Luisa, sa ville sera inévitablement « toujours associée au virus », mais cela peut être aussi « le moyen de se souvenir de la force de la population » comme de la manière dont elle a fait face, veut-elle croire.

Une crainte est largement partagée par la population locale: que la levée des restrictions se traduise par une résurgence de la maladie.

« Tout le monde a peur d’avoir à se cloîtrer de nouveau, d’être obligé de garder ses distances, que tout cet enfer recommence en somme! », explique Laura Sbardi, une barmaid de 25 ans.

Cesare Gambazza, commerçant, est l’un de ceux -nombreux à Codogno- qui s’inquiètent du relâchement général. Les gens sont « trop relax. Ils pensent que c’est fini, mais on ne sait pas vraiment! », souligne-t-il.

« Pour être honnête, j’ai peur de certains comportements », confie Fanny Zafferri, infirmière quinquagénaire qui a travaillé au côté de patients contaminés.

Elle se souvient du « chaos » des premiers temps de l’épidémie. Des jours « effrayants » qui pourraient bien revenir, confie-t-elle. D’une certaine manière, la situation « était plus sûre pendant le confinement… »

LE « TRACEUR COVID » EN BELGIQUE

En Belgique, faute de consensus politique pour l’instant sur le recours à une application pour smartphone, les malades récemment testés positifs au coronavirus sont interrogés par téléphone pour retracer leurs contacts, et une nouvelle profession est née: « traceur Covid ».

Ce matin-là, ils sont une soixantaine assise devant un ordinateur portable, casque sur les oreilles, à s’être répartis les appels sur la plateforme bruxelloise de N-Allo, un des « call centers » partenaires de l’opération initiée par le gouvernement.

Dans ce pays de 11,5 millions d’habitants où le virus a fait plus de 9.000 morts, ce « traçage » est pris très au sérieux alors que les autorités n’ont autorisé qu’un déconfinement très progressif depuis quinze jours, par crainte d’un rebond de la pandémie.

Parmi les employés casqués et masqués de N-Allo, Pierre Fournier explique s’être « directement porté volontaire » quand il a appris que chacune des trois régions (Flandre, Wallonie, Bruxelles) recrutait des centaines de personnes pour cette opération inédite, visant à identifier les potentiels porteurs du virus.

« Je voulais apporter une petite pierre à l’édifice du traçage et de l’éradication de la pandémie, faire avancer la cause », affirme à l’AFP ce Bruxellois de 65 ans.

Il est habituellement consultant pour des exploitants de parcs de stationnement, sa voisine de bureau est diplômée de criminologie en recherche d’emploi. Certains ont déjà travaillé en centre d’appel, pour d’autres c’est une première. Ils ont été recrutés en CDD ou contrats intérimaires pour un salaire « conforme au marché » dans le secteur, selon N-Allo.

Leur tâche: appeler les personnes testées positives pour établir une liste de leurs fréquentations sur une période d’une dizaine de jours, depuis l’avant-veille des premiers symptômes jusqu’à sept jours après.

Si le contact a dépassé quinze minutes à moins d’1,50 mètre, ce proche ou collègue de travail du malade est considéré comme une « personne à haut risque »… Et un autre « traceur » sera alors chargé de la prévenir.

L’objectif est de « réduire les cercles de contamination pour petit à petit les étouffer et faire en sorte qu’on puisse avancer dans le déconfinement », résume Gladys Villey, de la Mutualité Partenamut, qui orchestre à Bruxelles cette sorte de second rideau de prévention.

Elle explique que si au bout de 24 heures la personne jugée « à haut risque » –censée s’isoler quatorze jours– n’a pu être jointe au téléphone, une visite à domicile est organisée, confiée à des travailleurs sociaux, personnels paramédicaux ou ambulanciers.

« Système parcellaire »

« Là, on envoie des professionnels qui ont l’habitude d’aller au contact des patients et qui maîtrisent déjà plusieurs langues, cela facilite les choses », poursuit Mme Villey, alors que 185 nationalités sont représentées dans la capitale belge.

Sur les 340 visites effectuées en région bruxelloise depuis le lancement de l’opération le 11 mai, seules « 20 à 30% » se sont traduites par un refus de collaborer, « heureusement une minorité », dit la responsable mutualiste.

« Beaucoup de gens ont peur de livrer les informations. On essaie de les rassurer, de leur expliquer que cela reste uniquement dans nos mains », souligne-t-elle.

Rassurer, créer un climat de confiance, montrer de l’empathie quel que soit l’âge de l’interlocuteur: les « traceurs » de première ligne ont reçu quelques clés pour bien démarrer lors de séances de formation.

De leur côté, les malades ont souvent été prévenus par leur médecin généraliste qu’ils allaient être appelés pour le traçage.

« Ils ont déjà préparé une liste de contacts, il n’y a pas vraiment d’effet de surprise », relève M. Fournier.

Actuellement l’opération est « en rodage », les malades donnent en moyenne « un à deux noms » car ils ont vu peu de monde pendant les deux mois de confinement, expliquent les organisateurs.

Mais « au fur et à mesure du déconfinement le nombre de contacts renseignés va augmenter », estime Xavier Brenez, directeur général des Mutualités libres. Et le travail des traceurs sera proportionnel.

Quant à l’application mobile, M. Brenez souhaite toujours qu’elle puisse voir le jour « en complément » du traçage physique. Car ce dernier « reste parcellaire et ne permet pas d’identifier les contacts dans les lieux publics ou les transports en commun ».

AVEC LA PANDÉMIE, LES MINEURS ISOLÉS PLUS NOMBREUX À TRAVERSER LA MANCHE EN BATEAU

Monter dans un camion est devenu plus difficile avec les restrictions de circulation, alors les mineurs non accompagnés sont de plus en plus nombreux à tenter de prendre la mer depuis la France pour rejoindre le Royaume-Uni.

« Nous observons un nombre croissant de jeunes gens traversant la Manche pour demander asile en Grande-Bretagne », souligne auprès de l’AFP Roger Gough, le chef du conseil du comté du Kent, région du sud-est de l’Angleterre où se trouve Douvres, principal port d’entrée depuis le continent.

Tandis que son comté s’occupait de « 230 à 250 jeunes » migrants il y a un an, « ce chiffre a presque doublé et il approche les 470 », a comparé M. Gough, et « de nouvelles arrivées continuent tout le temps ».

Les tentatives de traversée de migrants depuis la France vers l’Angleterre se sont multipliées depuis fin 2018, malgré le danger lié à la densité du trafic, aux forts courants et à la faible température de l’eau. En 2019, 2.758 migrants ont ainsi été secourus par les autorités françaises et britanniques, soit quatre fois plus qu’en 2018, selon la préfecture maritime, côté français.

La pandémie a renforcé cette tendance, la diminution du trafic de poids lourds poussant les migrants à tenter la traversée dans de petites embarcations.

« Nous avions l’habitude de voir ces jeunes passer dans des camions. C’était l’itinéraire typique », souligne M. Gough. Mais récemment « avec les mesures de confinement en Europe, la réduction du fret, ils rejoignent le pays en bateau ».

Un millier depuis le confinement

Au moins un millier de migrants sont arrivés au Royaume-uni dans de petites embarcations depuis l’annonce du confinement, le 23 mars, selon un décompte de l’agence britannique PA, avec au moins 145 arrivées la journée du 8 mai.

Depuis le début de l’année, 230 tentatives de traversées ont été recensées par les forces de l’ordre françaises, dont 79 en avril.

« Le facteur nouveau depuis le confinement, c’est la météo, beaucoup plus favorable aux traversées, avec des nuits calmes et un temps un peu brumeux. Du coup, le taux de réussite a augmenté, passant de 60 à 80% environ, ce qui attire aussi les migrants à Calais », dit à l’AFP François Guennoc, vice-président de l’Auberge des migrants.

En outre, « avec le confinement, les plages étaient fermées et les migrants ont indirectement profité du fait que de nombreux riverains qui nous signalaient des tentatives de traversées ne pouvaient plus le faire », a indiqué une source policière française spécialiste des questions migratoires à Calais.

Pour M. Gough, « les jeunes arrivant maintenant sont typiquement des garçons de 16 et 17 ans », la plupart iraniens, irakiens et afghans.

Son comté a pour mission délicate de les accueillir en respectant les mesures de distanciation sociale pour éviter la transmission du Covid-19, ce qui ajoute une « pression financière », selon lui.

Le comté, qui n’avait qu’un centre d’accueil pour migrants, en a désormais trois. Outre la charge de 469 mineurs, il a aussi la responsabilité de soutenir 932 jeunes migrants âgés de 18 à 25 ans qui ont quitté le système de prise en charge.

Interrogé par l’AFP, un porte-parole du ministère de l’Intérieur britannique s’est borné à assurer que « le gouvernement prend très au sérieux le bien-être des enfants non accompagnés et fournit un financement aux autorités locales, y compris le Kent ».

L’an dernier, la police a procédé à 418 arrestations pour des infractions liées à l’immigration et 111 passeurs ont été condamnés à des peines de prison. Depuis le début de l’année plus de dix passeurs ont été condamnés et emprisonnés.

Pour dissuader les candidats à la traversée de la Manche, le Royaume-Uni travaille avec la France pour renvoyer davantage de migrants qui tentent la traversée.

CORONAVIRUS : LE POINT SUR LA PANDÉMIE DANS LE MONDE

Nouveaux bilans, nouvelles mesures, faits marquants: un point sur les dernières évolutions de la pandémie de Covid-19 qui a fait plus de 325.000 morts dans le monde.

Brésil : la chloroquine généralisée

Le ministère de la Santé du Brésil a recommandé l’usage de chloroquine et de l’hydroxychloroquine pour les patients légèrement atteints par le Covid-19, après des semaines de pressions du président Jair Bolsonaro en vue de l’imposer en tant que remède miracle.

Une « tuerie de masse mondiale »

Le président américain Donald Trump a encore haussé le ton sur la gestion du coronavirus par la Chine, affirmant qu’elle portait la responsabilité d’une « tuerie de masse mondiale ».

Près de 5 millions de cas

La pandémie a fait au moins 325.232 morts dans le monde depuis son apparition en décembre en Chine, selon un bilan établi par l’AFP à partir de sources officielles mercredi à 19h00 GMT.

Plus de 4.943.050 cas ont été officiellement diagnostiqués dans 196 pays et territoires.

Les Etats-Unis sont le pays le plus touché tant en nombre de morts que de cas, avec 93.406 décès pour 1,55 millions de cas. Suivent le Royaume-Uni avec 35.704 morts, l’Italie (32.330), la France (28.132) et l’Espagne (27.888) morts.

Nombre record de cas en un jour

L’Organisation mondiale de la santé a fait état du plus grand nombre de nouveaux cas dans le monde en une seule journée depuis le début de la pandémie, disant craindre ses conséquences dans les pays les plus pauvres.

Le G7 pourrait avoir lieu à Camp David

Le président américain Donald Trump a évoqué mercredi la possibilité d’organiser le sommet du G7 en juin à Camp David, et non par visioconférence comme cela avait été décidé en raison du coronavirus.

Emmanuel Macron « est disposé à se rendre à Camp David si les conditions sanitaires le permettent », a annoncé la présidence française.

Relancer le tourisme

En Italie, tous les aéroports pourront rouvrir à partir du 3 juin, a annoncé la ministre des Transports et des Infrastructures.

Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a fixé au 15 juin le début de la nouvelle saison touristique en Grèce, tandis que le ciel grec sera rouvert aux vols internationaux à partir du 1er juillet.

Enfants masqués en Espagne

L’Espagne s’est résolue à rendre le port du masque obligatoire dès l’âge de six ans dans la rue ou dans les lieux publics quand il n’est pas possible de garder ses distances.

Anticorps

La Suède, qui se distingue par son approche plus souple et controversée face à la pandémie, a estimé que plus d’un habitant de Stockholm sur cinq pourrait avoir développé des anticorps contre le virus.

Une étude dans le pays voisin, le Danemark, montre en revanche que seuls 1% des habitants ont été en contact avec le virus.

Traçage de contacts

Les américains Apple et Google ont annoncé avoir mis à la disposition des autorités de santé dans le monde leur solution pour construire une application de traçage de contacts contre le coronavirus.

Prisonniers équatoriens contaminés

Environ deux tiers des détenus d’une prison en Equateur qui en accueille 610 ont été touchés par le coronavirus, a indiqué à l’AFP mercredi un responsable de l’administration pénitentiaire. Cet établissement a vu deux prisonniers décéder des suites de la maladie.

Chèque vacances de 200 euros

Chaque Slovène va recevoir jusqu’à 200 euros en bons d’achat à dépenser dans les lieux d’hébergement et les restaurants, afin de relancer le tourisme de ce pays ayant déclaré la fin de la pandémie.

(avec Afp)

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