Pandémie : Le Covid-19 pourrait « ne jamais disparaître »

Des cafés qui rouvrent de Vienne à Sydney et des Français qui s’apprêtent à vivre leur premier week-end déconfiné: la vie tente de reprendre son cours sur une planète paralysée par la pandémie, qui a fait plus de 300.000 morts et poursuit sa course notamment aux Etats-Unis et en Russie. Plus de cinq mois après l’apparition du coronavirus en Chine, le monde s’habitue à l’idée de vivre durablement avec ce fléau, qui selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pourrait « ne jamais disparaître ».

Et les efforts s’intensifient pour tenter de relancer des économies entrées dans une récession sans précédent. Locomotive européenne, l’Allemagne a confirmé vendredi une chute de 2,2% de son activité au premier trimestre, avec un recul attendu de 6,3% pour l’ensemble de l’année.

Selon l’Organisation mondiale du Commerce (OMC), le commerce mondial devrait enregistrer « des baisses à deux chiffres » en volume dans presque toutes les régions du monde.

Dans ce contexte, les ministres des Finances de la zone euro devaient se réunir vendredi pour discuter de la riposte à la crise, les 27 peinant toujours à s’entendre sur une solution commune.

Pionnière en matière de déconfinement, l’Autriche a franchi une étape symbolique importante vendredi avec la réouverture de ses restaurants et de ses emblématiques cafés viennois.

Fanny et Sophie, deux étudiantes âgées de 19 ans, attendaient avec impatience de pouvoir reprendre leurs habitudes au Café Goldegg, près du musée du Belvedere.

« Cela a été dur pour nous que ce soit fermé tout ce temps, ça nous a manqué et on va revenir aussi souvent que possible », expliquent-elles, attablées autour d’un robuste petit-déjeuner.

Fatal dentifrice

En Australie ou à Berlin, la réouverture des restaurants était également attendue avec impatience.

Premier pays d’Europe à déclarer la « fin » de l’épidémie sur son sol, la petite Slovénie a annoncé une réouverture de ses frontières.

Partout dans le monde, distanciation sociale et gestes barrières restent de rigueur.

Entrée en déconfinement le 11 mai, la France, un des pays les plus endeuillés au monde avec plus de 27.000 morts, se prépare à connaître son premier week-end au vert. De nombreuses plages ont été autorisée à rouvrir et le Premier ministre Edouard Philippe a invité la population à commencer à songer à ses congés d’été.

Mais les restrictions restent nombreuses: les déplacements sont limités à un rayon de 100 km, ce qui interdit notamment l’accès du littoral aux Parisiens.

Ce pays a par ailleurs annoncé vendredi la première mort d’un enfant atteint d’une forme proche de la maladie de Kawasaki, considérée comme probablement liée au Covid-19.

L’Allemagne pour sa part s’apprête à relancer ce week-end son championnat de foot, mais dans des stades vides et suivant un cahier des charges sanitaire draconien.

L’entraîneur d’Augsbourg, Heiko Herrlich, l’a appris à ses dépens: il sera privé de match samedi pour être sorti acheter du dentifrice en violation des règles de quarantaine de son équipe. « J’ai fait une erreur en quittant l’hôtel », a reconnu le technicien de 48 ans.

Venise sans pigeons

Aux Etats-Unis, pays le plus touché avec plus de 85.000 morts, le président Donald Trump a invité les citoyens à « retourner au travail ». Le chômage affecte près de 15% de la population active est au chômage, un record.

Les plages autour de Los Angeles ont rouvert. Mais New York, la capitale économique du pays, reste à l’arrêt. Avec plus de 20.000 morts, il lui faudra attendre jusqu’en juin au moins pour savoir quand ses commerces et restaurants pourront rouvrir.

Une mise à l’arrêt ressentie douloureusement par de nombreux habitants. « Toutes les raisons pour lesquelles on est (à New York) – restaurants, concerts, etc.. – ont disparu », explique Hans Robert, 49 ans, cadre informatique.

En Italie, où certaines plages rouvrent également après des semaines de confinement, l’absence d’activité touristique se fait particulièrement sentir à Venise, où même les pigeons ont déserté la place Saint-Marc, faute de visiteurs pour les nourrir. « Sans touristes, Venise est une ville morte », constate Mauro Sambo, un gondolier de 66 ans.

En Afrique, les conséquences pourraient être encore bien plus dévastatrices, selon une étude de l’OMS publiée vendredi. Jusqu’à présent relativement épargné avec moins de 2.500 décès recensés officiellement, le continent pourrait enregistrer jusqu’à 190.000 morts.

« Génocide » au Brésil

Au Bangladesh, la découverte d’un premier cas dans un des immenses camps de réfugiés rohingyas fait craindre un « scénario cauchemar », selon les termes d’un collaborateur de l’ONG Refugees International, Daniel Sullivan.

Au Brésil, où la pandémie se répand notamment parmi les populations les plus pauvres, l’ex-président Lula a dit redouter « un génocide », pointant l’opposition farouche de son successeur, Jair Bolsonaro, aux mesures de confinement.

En Russie, où quelque 10.000 nouvelles contaminations sont détectées chaque jour, la mairie de Moscou a annoncé un plan de dépistage d’une ampleur « unique au monde ».

Lueur d’espoir : un vaccin pourrait être disponible dans un an, selon un scénario « optimiste » de l’Agence européenne du Médicament (EMA).

Plus de 100 projets ont été lancés dans le monde et une dizaine d’essais cliniques sont en cours pour tenter de trouver un remède contre la maladie.

Le président français Emmanuel Macron a réclamé qu’un vaccin ne soit pas soumis « aux lois du marché ». L’UE a insisté pour qu’il soit « un bien d’utilité publique », avec un accès « équitable et universel ».

A Washington, Donald Trump s’est de nouveau emporté contre la Chine, qu’il accuse d’avoir caché l’ampleur de l’épidémie sur son sol. Il a menacé de « rompre toute relation » avec Pékin et assuré qu’il refusait désormais de parler à son homologue Xi Jinping.

DÉPISTAGE APRÈS DE NOUVEAUX CAS DE COVID-19 EN CHINE

Ils font la queue avant d’ouvrir grand la bouche pour un prélèvement au fond de la gorge: inquiets après l’apparition de nouveaux cas de Covid-19, les habitants de Wuhan se livrent docilement à un dépistage général.

Malgré la pluie, ils se pressent sous des tentes médicales montées sur des parkings, dans des parcs ou au pied des immeubles de la métropole où le nouveau coronavirus est apparu fin 2019.

« C’est bien. C’est une façon d’être responsable vis-à-vis des autres et de soi-même », explique à l’AFP un homme de 40 ans après avoir été dépisté.

Déjà testé début mai, il dit avoir voulu refaire un dépistage car Wuhan, ville de 11 millions d’habitants, a été de très loin la plus touchée de Chine.

« Si vous en avez l’occasion, pourquoi ne pas le faire? ».

Après la découverte de la transmission interhumaine du nouveau coronavirus, la Chine avait décidé le 23 janvier de bloquer toute entrée ou sortie de Wuhan – qui est un grand centre industriel et un noeud de transport.

Les habitants étaient alors obligés de rester confinés chez eux.

Plus de 3.800 personnes sont mortes du Covid-19 à Wuhan selon le bilan officiel – soit l’immense majorité des décès enregistrés en Chine.

La mise sous cloche de la ville a finalement été levée début avril. Depuis, la vie reprend peu à peu ses droits.

Combinaisons intégrales

Mais l’optimisme ambiant a été douché ces derniers jours avec l’annonce de six nouveaux cas de Covid-19 à Wuhan, après un mois sans aucune contamination supplémentaire.

Par crainte d’une deuxième vague épidémique, la mairie a alors lancé une campagne générale de dépistage.

Hommes, femmes, enfants et personnes âgées, vêtus de combinaisons de protection intégrales et équipés de visières en plastique, se présentent désormais dans ces tentes médicalisées où des soignants leur enfoncent un écouvillon dans leur gorge.

Certains Wuhanais restent cependant anxieux.

« Les mesures de sécurité à l’intérieur sont vraiment mauvaises. Les gens sont trop près les uns des autres », déclare à l’AFP une femme qui ne souhaite pas révéler son nom.

« La personne qui fait passer les tests manipule les échantillons de plein de monde mais je ne l’ai pas vue se laver les mains », raconte-t-elle.

La Chine a largement endigué le Covid-19 sur son territoire. Mais elle reste sur le qui-vive.

Car en plus des six nouveaux cas de Wuhan, d’autres foyers d’infection sont apparus ces dernières semaines dans le nord-est du pays, frontalier avec la Russie.

« Empêcher tout rebond »

Le président chinois Xi Jinping a ainsi appelé jeudi lors d’une réunion du Parti communiste à « ne rien laisser au hasard » face au Covid-19 et à « empêcher tout rebond », selon l’agence de presse Chine nouvelle.

« Les résultats durement obtenus contre l’épidémie ne peuvent en aucun cas être réduits à néant », a-t-il averti, appelant notamment à bien mener le dépistage à Wuhan.

Malgré la peur d’une seconde vague, la plupart des Wuhanais a cependant repris une vie presque normale.

Mercredi soir, sur une promenade au bord du fleuve Yangtsé, des dizaines de personnes écoutaient de la musique folklorique dans l’insouciance.

Des couples masqués se dandinaient sous les lampadaires, juste à côté d’un pont éclairé avec d’immenses caractères chinois: « Courage Wuhan ».

« Ça fait tellement plaisir de venir danser à l’extérieur », explique Qiu Jumei, une serveuse d’hôtel de 53 ans.

« L’ambiance n’était pas la même quand je dansais seule à la maison », raconte-t-elle. « C’est beaucoup mieux ici ».

BILL GATES : LA CIBLE FAVORITES DES COMPLOTISTES ?

Bill Gates a « créé le Covid-19 », veut « dépeupler la Terre », « implanter des puces électroniques à la population »: des fausses affirmations comme celles-ci, partagées des millions de fois, explosent littéralement sur Internet.

Le célèbre milliardaire américain est devenu la cible favorite des complotistes, dont les publications bénéficient d’une visibilité accrue à la faveur de la pandémie, et essaiment sur Internet sous diverses variantes et déclinaisons.

Le cofondateur de Microsoft devenu philanthrope est une « sorte de poupée vaudou dans laquelle les complotistes de tous bords plantent » – telles des aiguilles- « leurs différentes théories », explique à l’AFP Rory Smith, directeur de recherche chez First Draft, réseau de médias qui mène des projets contre la désinformation.

Un « épouvantail », abonde Whitney Philips, de l’Université américaine de Syracuse, à propos du milliardaire américain, engagé depuis 20 ans via la Fondation Gates dans des campagnes de vaccination et la lutte contre les épidémies.

Une vidéo en anglais l’accusant, entre autres, de vouloir « éliminer 15% de la population » via les vaccins et de greffer des puces électroniques aux gens, a, à elle seule, cumulé près de deux millions de vues sur YouTube en moins de deux mois.

Ces allégations ont « explosé » entre janvier et avril, note Rory Smith, au point que, selon le New York Times, la désinformation en anglais visant Bill Gates est désormais la plus virale de toutes les infox relatives au Covid-19, qui a fait plus de 300.000 morts dans le monde.

« Profiteur »

Présentes dans le monde entier et de nombreuses langues, on les retrouve sur Facebook, Twitter, Instagram, WhatsApp, ou sur les forums 4chan, Reddit…

L’AFP a déjà démonté plus d’une douzaine de publications virales en anglais, français, espagnol, polonais ou tchèque.

Avec des citations et vidéos détournées, décontextualisées, des photomontages, des raccourcis mensongers, ces publications l’accusent de vouloir donner un vaccin empoisonné aux Africains, d’avoir paralysé des centaines de milliers d’enfants, de posséder l’OMS, d’utiliser notre cerveau pour créer des cryptomonnaies ou même… d’être sataniste.

Si beaucoup circulaient déjà avant la pandémie du nouveau coronavirus, les allégations visant Bill Gates ont un point commun : l’accuser de vouloir tirer profit de la pandémie, telle la figure du « profiteur de guerre »: asservir le monde ou s’enrichir en vendant des vaccins.

« Ces théories (…) peuvent réduire la confiance des gens dans les organisations de santé et faire baisser les taux de vaccination, c’est inquiétant », poursuit M. Smith.

« Toute théorie du complot doit démasquer son orchestrateur ultime », explique la chercheure Kinga Polyńczuk-Alenius, sur un blog de l’Université d’Helsinki.

« Parce qu’il a critiqué l’administration Trump, qu’il est un magnat de la technologie devenu philanthrope, un fervent promoteur et financeur de la vaccination, le cofondateur de Microsoft est le bouc-émissaire parfait d’une crise, qui est à l’intersection de la technologie et de la science médicale », résume-t-elle.

« Star »

Plus précisément, « il n’est pas devenu la star des complots, il l’est déjà depuis longtemps », précise auprès de l’AFP Sylvain Delouvée, chercheur en psychologie sociale à l’Université de Rennes.

Bill Gates était déjà accusé d’être derrière l’épidémie de Zika ou d’être une créature reptilienne, rappelle ce spécialiste du complotisme.

Mais à la faveur de la crise sanitaire actuelle inédite, Bill Gates fait exploser les compteurs.

« Ce n’est pas étonnant, compte tenu du fait qu’il incarne à bien des égards la santé publique avec les projets qu’il a lancés à travers le monde », dit encore Rory Smith.

Engagée dans de nombreux projets humanitaires -notamment en Afrique, où les infox sur Bill Gates sont particulièrement nombreuses-, pourvoyeuse de fonds d’entreprises privées et deuxième financeuse de l’OMS, la Fondation sert de terreau à bien des rumeurs visant le milliardaire.

Et lui vaut depuis longtemps l’hostilité renouvelée des militants anti-vaccins, déjà très actifs sur les réseaux sociaux et gonflés à bloc en période d’épidémie.

Parmi les théories très en vogue: il a créé le virus. La « preuve » ? Il en détient le « brevet » et avait « prévu l’épidémie » dans une conférence en 2015.

En réalité? Un institut de recherche, qui avait reçu des fonds de la Fondation Gates, avait déposé un brevet qui concernait un coronavirus animal.

Et comme une partie de la communauté scientifique, Bill Gates s’était déjà exprimé ces dernières années pour s’alarmer de la probabilité d’une pandémie à venir.

Au-delà des clivages politiques

Ces fausses affirmations sont aussi partagées par des figures connues, comme l’actrice française Juliette Binoche, et transcendent les clivages politiques.

Bill Gates, critique de Donald Trump, s’est notamment attiré les foudres de l’égérie ultra-conservatrice Laura Ingraham, qui l’a accusé de vouloir « tracker » les gens avec les vaccins.

Preuve de la popularité de ces théories, on les retrouve de l’autre côté de l’échiquier politique chez Robert Kennedy Jr, neveu de l’ancien président démocrate, anti-Trump et anti-vaccins.

Schématiquement, sa richesse et le fait qu’il est une figure des géants technologiques en fait quelqu’un de « forcément suspect » à l’extrême gauche, tandis que son côté figure internationale influente en fait une incarnation du « cosmopolitisme » honni par l’extrême droite, explique Sylvain Delouvée.

Pour autant, démonter les fausses affirmations, ça ne « revient pas à expliquer que tout le monde est gentil », dit-il encore, rappelant qu’il peut y avoir des interrogations étayées et légitimes sur l’usage des données personnelles par les groupes technologiques ou des gouvernements par exemple.

De plus, la Fondation a pu faire l’objet de critiques sur un manque de transparence de sa gestion ou sur ses choix de financements, dans la revue scientifique prestigieuse The Lancet par exemple.

LA QUÊTE MONDIALE D’UN VACCIN AIGUISE LES RIVALITÉS ET LES TENSIONS

Entre les rivalités américano-européennes sur un futur vaccin et de nouvelles tensions entre Donald Trump et la Chine, les divisions entre grandes puissances se sont approfondies jeudi dans la lutte contre la pandémie de Covid-19 qui a désormais fait plus de 300.000 morts dans le monde.

Outre les ravages humains, le coronavirus continue de mettre à bas les économies mondiales.

Près de 3 millions de personnes se sont inscrites au chômage en une seule semaine aux Etats-Unis, qui compte désormais 36,5 millions de chômeurs – près de 15% de la population active – depuis l’arrêt brutal de l’économie mi-mars en raison des mesures de confinement pour endiguer la progression du virus dans le pays.

Pour stopper l’hémorragie, le président Trump assène qu’il est temps de « retourner au travail », alors que la moitié des Etats américains ont commencé à reprendre une partie de leurs activités commerciales.

La récession a déjà frappé de nombreux pays: en Italie, des millions de « nouveaux pauvres » ont fait leur apparition et en Inde, le confinement a provoqué un exode de travailleurs migrants, petites mains des grandes villes privées de leur gagne-pain.

Mais la solution que tous attendent est un vaccin contre le virus apparu en décembre en Chine.

Au vu des efforts déployés, celui-ci pourrait être disponible dans un an, a estimé jeudi l’Agence européenne du Médicament (EMA). Il s’agit d’une perspective « optimiste », a nuancé Marco Cavaleri, directeur de la stratégie à l’EMA, dont le siège est à La Haye.

Plus de 100 projets ont été lancés dans le monde et une dizaine d’essais cliniques sont en cours pour tenter de trouver un remède contre la maladie, qui a fait 300.140 morts et contaminé 4.403.714 personnes sur la planète, selon un nouveau bilan.

Convoitises

Mais le sujet aiguise les convoitises et les rivalités.

Le géant pharmaceutique français Sanofi a provoqué l’indignation en Europe en annonçant qu’il distribuerait un éventuel vaccin en priorité aux Etats-Unis, qui ont investi 30 millions de dollars pour soutenir ses recherches.

Le président français Emmanuel Macron a réclamé qu’un vaccin ne soit pas soumis « aux lois du marché » tandis qu’un porte-parole de la Commission européenne a estimé: il « doit être un bien d’utilité publique et son accès doit être équitable et universel ».

Un vaccin ou un traitement contre le Covid-19 devrait même être fourni « gratuitement à tous », insistent plus de 140 personnalités, dont le président sud-africain Cyril Ramaphosa et le Premier ministre pakistanais Imran Khan dans une lettre ouverte.

Car la maladie frappe durement les plus pauvres.

« La contamination peut être incontrôlable », explique Luis Fernando Guispert, un habitant de Villa 31, un bidonville de Buenos Aires où la pauvreté ne permet guère de respecter le confinement. Comme dans les favelas du Brésil, la multiplication des cas de coronavirus fait craindre le pire: « Soit tu meurs du coronavirus, soit tu meurs de faim », dit-il.

Vaccin ou pas, « ce virus pourrait devenir endémique » et « ne jamais disparaître », selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Quant à l’essai clinique Discovery lancé en Europe fin mars pour trouver un traitement à défaut de vaccin, il piétine, ont indiqué des chercheurs.

Deux nouvelles études, publiées dans la revue médicale britannique BMJ, concluent que l’hydroxychloroquine, traitement tant décrié, ne semble pas efficace contre le Covid-19.

« Diffamation »

A Washington, Donald Trump s’est de nouveau emporté contre la Chine, accusée d’avoir caché l’ampleur de l’épidémie sur son sol.

« Ils auraient pu l’arrêter (le virus) en Chine, d’où il est venu », a-t-il dit jeudi, en menaçant de « rompre toute relation » avec Pékin et en assurant qu’il refusait désormais de parler à son homologue Xi Jinping.

La Chine affirme avoir transmis le plus vite possible toutes les informations sur l’épidémie à l’OMS et à d’autres pays, dont les Etats-Unis.

Pour Washington, le régime chinois tente également de pirater la recherche américaine sur un vaccin, une accusation qualifiée de « diffamation » par Pékin.

Dans l’attente que les recherches aboutissent, les gouvernements assouplissent les mesures de confinement.

Au Japon, l’état d’urgence a été levé jeudi dans la plupart des régions face au net reflux du nombre de nouveaux cas de Covid-19. Il est maintenu notamment à Tokyo et Osaka.

En Europe, qui paie un lourd tribut avec plus de 162.600 morts, ce sont les petits Finlandais qui ont repris le chemin de l’école.

Aux Etats-Unis, pays le plus touché au monde avec 85.813 morts dont encore environ 1.800 sur les dernières 24 heures, les plages autour de Los Angeles, en Californie, ont rouvert. A l’inverse, la capitale Washington, où la pandémie tarde à reculer, a prolongé le confinement jusqu’au 8 juin.

Les autorités chiliennes ont elles remis en vigueur le confinement à Santiago, où les cas ont augmenté de 60% en 24 heures. La ville déblaie aussi de nombreuses tombes dans son cimetière général, le plus grand du pays, pour éviter d’avoir recours aux fosses communes en cas d’augmentation des décès.

Dépistage en Russie

En Russie, deuxième pays le plus touché pour les contaminations – plus de 250.000 – mais qui maintient n’avoir enregistré qu’un peu plus de 2.300 morts et s’en prend aux journaux New York Times et Financial Times pour leur « désinformation » sur la question, le président Vladimir Poutine a estimé jeudi que la situation s’améliorait.

Alors que près de 10.000 contaminations ont été détectées en 24H dans le pays, la mairie de Moscou a annoncé un plan de dépistage d’une ampleur « unique au monde ».

En Chine, des habitants de Wuhan, berceau du Covid-19, faisaient eux aussi la queue jeudi pour se faire dépister. « C’est bien. C’est une façon d’être responsable vis-à-vis des autres et de soi-même », a déclaré à l’AFP un homme de 40 ans.

Jilin, dans la province éponyme frontalière de la Corée du Nord, a placé mercredi ses habitants en confinement partiel après de nouveaux cas faisant craindre une deuxième vague épidémique.

L’Afrique est jusqu’à présent relativement épargnée par la pandémie, qui y a officiellement fait moins de 2.500 morts. Mais les indices indiquant que ce bilan est fortement sous-estimé se multiplient.

Dans le nord du Nigeria, pays le plus peuplé du continent, la hausse des décès inexpliqués fait craindre la propagation du coronavirus dans cette région parmi les plus pauvres au monde.

Le pays est en outre fragilisé par sa forte dépendance à la production de pétrole, dont les prix ont chuté.

Et le Soudan du Sud, l’un des plus pauvres du monde à peine sorti de six ans de guerre civile, a annoncé son premier décès officiel du Covid-19, « une personnalité de haut rang » qui n’a pas été identifiée.

VACCIN : SANOFI DONNE L’AVANTAGE AUX ETATS-UNIS

En évoquant la perspective de réserver aux États-Unis la primeur d’un éventuel vaccin contre le Covid-19 parce qu’ils collaborent à son développement, Sanofi a provoqué une levée de boucliers dans le monde, de nombreux dirigeants et organisations appelant à un accès « équitable et universel ».

Le laboratoire français, l’un des plus grands spécialistes des vaccins du monde, collabore depuis la mi-février avec l’Autorité pour la recherche et le développement avancée dans le domaine biomédical (Barda), qui dépend du ministère américain de la Santé et qui a apporté 30 millions de dollars.

Conséquence de cette prise de risque financière, les États-Unis auront « le droit aux plus grosses pré-commandes » et pourront ainsi bénéficier d’une avance de plusieurs jours ou semaines sur le reste du monde, a affirmé mercredi le directeur général de Sanofi Paul Hudson, dans un entretien à l’agence Bloomberg.

Un tel vaccin « doit être un bien d’utilité publique et son accès doit être équitable et universel », a réagi jeudi la Commission européenne, qui a organisé début mai un téléthon mondial pour financer la recherche d’un vaccin ayant permis de rassembler 7,4 milliards d’euros de contributions. Le gouvernement américain n’a pour sa part pas participé à cette levée de fonds, préférant faire cavalier seul.

Réactions tout aussi indignées en France où la président Emmanuel Macron juge « nécessaire que ce vaccin soit un bien public mondial, extrait des lois du marché », selon l’Elysée.

« L’égal accès de tous au vaccin n’est pas négociable », a abondé le Premier ministre français Édouard Philippe après s’être entretenu avec le président du conseil d’administration du groupe pharmaceutique Serge Weinberg, qui a « donné toutes les assurances nécessaires quant à la distribution en France d’un éventuel vaccin Sanofi ».

Un vaccin ou un traitement contre le Covid-19 devrait même être fourni « gratuitement à tous », insistent plus de 140 personnalités, dont le président sud-africain Cyril Ramaphosa et le premier ministre pakistanais Imran Khan dans une lettre ouverte.

L’ONG militante Oxfam a pour sa part dénoncé des déclarations « tout simplement scandaleuses ».

« Pourparlers » avec l’Europe

Face à la levée de boucliers, le géant pharmaceutique assure qu’il n’y a aucune inquiétude à avoir quant au fait que certains pays seraient privés d’un tel traitement.

De fait, le monde « ne sera pas démuni » si un laboratoire comme Sanofi trouve un vaccin, a estimé le virologue Bruno Lina, membre du conseil scientifique français, tout en regrettant de devoir systématiquement accéder à une « préférence nationale » aux États-Unis.

Aux États-Unis, la Barda « se mobilise rapidement » et « travaille tôt avec les industriels » pour « s’assurer que les capacités de production soient en place et les risques partagés », a plaidé jeudi Paul Hudson lors d’une conférence organisée par le Financial Times.

« C’est un modèle rodé, mais [qui] n’existe pas en Europe » où « la prochaine étape sera [d’élaborer] l’instrument pour garantir que nous soyons capables d’assurer la production en Europe et dans le reste du monde », a-t-il ajouté.

« L’objectif, c’est que le vaccin soit disponible à la fois aux USA en France et en Europe de la même manière », a promis le patron du groupe pour la France Olivier Bogillot, dans un entretien à la chaîne BFMTV.

« Les Américains sont efficaces en cette période. Il faut que l’UE soit aussi efficace en nous aidant à mettre à disposition très vite ce vaccin », a insisté M. Bogillot, rapportant être en « pourparlers » avec les autorités européennes ainsi que des pays comme la France et l’Allemagne.

Il faut donc que les Etats européens la Commission « assurent rapidement le financement de la recherche », a affirmé le président du Conseil européen, Charles Michel tout en rappelant que « les virus n’ont pas de nationalité ».

Sanofi table sur un vaccin prêt d’ici à 18 à 24 mois. En temps normal, « développer un vaccin, ça prend dix ans », « on essaie d’accélérer toutes les phases », a argué le responsable de Sanofi.

L’autorité européenne du secteur, l’Agence européenne des médicaments a, elle, évoqué jeudi un possible vaccin d’ici un an, mais prévenu qu’il s’agissait du scénario le plus optimiste.

Selon la London School of Hygiene and Tropical Medicine, 157 candidats vaccins sont à l’étude, dont 11 sont entrés en phase d’essais cliniques.

(avec Afp)

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