Filimbi sensibilise à la pandémie de COVID-19 sur le marché Gambela de Kinshasa.
Filimbi sensibilise à la pandémie de COVID-19 sur le marché Gambela de Kinshasa.

Covid-19 : Le pire est peut-être encore à venir

La Recherche Scientifique congolaise est probablement (et malheureusement) la plus inaudible durant cette crise. Le Ministre de la Recherche Scientifique et Innovation technologique s’est pourtant mobilisé en mettant en place une Commission scientifique pour appuyer le Secrétariat technique du Comité Multisectoriel de la riposte (CMR) à la pandémie de COVID-19. Cette commission composée de professeurs et de scientifiques congolais de différents centres de recherche, ainsi que des chercheurs indépendants, s’est notamment penchée sur des méthodes alternatives d’appui à la prise en charge des patients. Mais, le problème (souvent) évoqué est le manque de moyens. Sans balayer d’un revers de main cet argument, il faut se demander, comme pour l’éducation, si le problème n’est pas mal posé… Cela peut paraître présomptueux de penser à l’après COVID-19 alors que nous sommes peut-être en RDC qu’au début de la crise. Le pire est peut-être encore à venir.

Je me lance sans doute là dans un exercice périlleux, celui de tirer les premiers enseignements de la gestion de la pandémie de COVID-19 en République Démocratique du Congo (RDC). Comme si j’avais une vision assez large de la situation pour pouvoir en imaginer l’après. Loin de là ! Je vous livre ici seulement la vue (très) étroite que j’en ai de ma position.

En RDC, le premier cas de COVID-19 a été déclaré le 10 mars 2020. Il s’agissait d’un patient revenu d’un séjour en France dans ce désormais tristement célèbre vol du 8 mars 2020. A ce jour, l’évolution des cas, des décès et des personnes guéries est bien documentée sur plusieurs plateformes dont COVID-19 DRC Time series Data (https://www.covid19drc.com) qui propose une analyse mathématique des données de la RDC pour les chercheurs et les spécialistes.

La mise en ligne de ces différentes plateformes a été le premier effet positif de la pandémie en RDC. Des jeunes (et des moins jeunes) se sont mobilisés et fédérés pour développer des plateformes pour aider à identifier et répertorier localement les cas. Un bel exemple est la plateforme COVID-19 Info (https://covid-19info.cd/dashboard) qui a été initiée et développée par de jeunes structures, ITOT Africa et Devscast, pour être ensuite adoptée par le gouvernement via le ministère de Postes, Télécommunications et Nouvelles technologies (PT-NTIC). Premier enseignement : nous avons en RDC de réelles compétences dans les TIC, des jeunes, qui, sans complexe, sont capables de se mobiliser et de se fédérer pour un objectif commun. Le gouvernement vient de découvrir qu’il peut leur faire confiance. Et toutes ces plateformes ont été « naturellement » traduites dans les langues nationales pour vulgariser les concepts techniques et scientifiques, alors que l’enseignement des sciences et des mathématiques dans les langues nationales à tous les niveaux peine à trouver des adeptes !

Après les plateformes, le deuxième engouement a porté sur le plan technique avec la production des lave-mains automatiques, les respirateurs mécaniques et autres dispositifs. Je ne vais pas revenir sur les respirateurs. Je vous renvoie à mon précédent article « La course aux respirateurs Made in RDC ». La ferveur pour les lave-mains automatiques a été la même. Sur les réseaux sociaux, nous recevons continuellement des vidéos (souvent les mêmes) de (très) jeunes gens en ville et dans les villages, qui ont mis sur pied des systèmes de lave-main tantôt manuel, tantôt (semi) automatique, pour faciliter le lavage des mains en réduisant les risques de contamination par contact des surfaces.

Des structures professionnelles comme l’Institut National de Préparation Professionnelle (INPP) ont également proposé leur dispositif. Le dispositif solaire de ce dernier dénommé « Maboko peto » (Mains propres en français) inclut la prise automatique de température. Deuxième enseignement : Les intelligences individuelle et collective se mobilisent facilement lorsqu’une opportunité se présente. Et les investisseurs et donateurs, généralement difficiles en RDC, sont plus enclins à mettre la main à la poche dans ce contexte. Cette situation nous fait rêver à la semi-industrialisation de la RDC. Mais il faudrait intégrer encore quelques concepts comme la spécialisation et le travail à la chaîne, et stimuler l’économie collaborative. La réussite des projets de respirateurs mécaniques par exemple en dépend.

Comme on peut le lire sur le site du Partenariat Mondial pour l’Education (PME), « le COVID-19 n’est pas juste une urgence sanitaire, il est également à l’origine d’une crise de l’éducation ». La gestion de la crise de l’éducation est notre troisième enseignement.

Le système éducatif congolais n’était pas préparé à la gestion de cette crise, ni cognitivement, ni matériellement. Pourtant, la RDC est un pays instable et en crise depuis des dizaines d’années. Que n’avons-nous pas connu ? Pillages, années blanches, guerres, Ebola, j’en passe et des meilleures. Malgré cela, nous n’étions pas préparés.

La première réaction dans les rangs de l’éducation a été le déni : « on se calme, les écoles vont bientôt rouvrir et les choses vont reprendre leur fil normal ». Le calcul était le suivant. La fermeture des écoles a été décrétée par le Président de la République le 19 mars 2020, soit deux semaines avant les vacances de Pâques. Récupérer deux semaines de cours en fin d’année scolaire semblait encore gérable pour les acteurs de l’éducation. La prolongation de la fermeture des écoles après les vacances de Pâques a semé la panique.

Le système a réagi. Au niveau de l’Enseignement Primaire, Secondaire et Technique (EPST), un plan de réponse de l’éducation à la pandémie du Covid-19 a été élaboré. Ce plan préconise notamment la production de cahiers d’exercices et l’enseignement à distance avec recours à la télévision, la radio et Internet pour permettre aux élèves de continuer à apprendre à la maison. Pour sa mise en œuvre, les partenaires techniques et financiers de la RDC actifs dans l’éducation (UNICEF, Banque Mondiale, PME, etc.) sont mobilisés.

Néanmoins, les solutions pour permettre d’autres formes d’apprentissage sont (à peine) tolérées. Les acteurs du système éducatif congolais tiennent encore fortement au schéma classique : « rien ne peut remplacer valablement l’apprentissage à l’école devant un tableau avec un enseignant fait de chair et d’os ». L’argument principal est la situation de nos écoles et de nos populations. Comme l’accès à l’électricité, au matériel (livres, télévision, radio, téléphone, tablette et/ou ordinateur) et à l’Internet n’est pas garanti pour tous, le schéma classique demeure la meilleure et la seule solution. C’est oublier que ce n’est pas une question de technologies. Nous ne choisissons pas de mettre en œuvre de nouvelles formes d’apprentissages parce que nous n’avons pas accès à la technologie. C’est bien parce que nous ne pensons ni n’acceptons d’autres formes d’apprentissage qu’il nous est impossible de mettre en place éventuellement les technologies qui les rendent possibles !

Le quatrième enseignement porte sur ce qui a manqué jusqu’à présent. Premier exemple, la problématique des Fake News. Aucune action locale coordonnée et identifiée comme telle n’a été pensée pour lutter contre les Fake News et la désinformation. Pourtant, nous en sommes tous victimes. Deuxième exemple, la E-Santé. Je m’attendais au développement rapide d’applications locales pour aider les hôpitaux, le personnel soignant et la riposte à identifier les cas, gérer les flux et dispatcher les malades, gérer la disponibilité des lits, gérer l’état des respirateurs disponibles, suivre et soigner les malades à distance, obtenir en temps réel des statistiques vitales, etc. Il y a peut-être des tentatives, mais elles ne doivent pas être abouties ou ils n’en font aucune publicité. Troisième exemple, l’implication de la recherche scientifique.

La Recherche Scientifique congolaise est probablement (et malheureusement) la plus inaudible durant cette crise. Le Ministre de la Recherche Scientifique et Innovation technologique s’est pourtant mobilisé en mettant en place une Commission scientifique pour appuyer le Secrétariat technique du Comité Multisectoriel de la riposte (CMR) à la pandémie de COVID-19. Cette commission composée de professeurs et de scientifiques congolais de différents centres de recherche, ainsi que des chercheurs indépendants, s’est notamment penchée sur des méthodes alternatives d’appui à la prise en charge des patients. Mais, le problème (souvent) évoqué est le manque de moyens. Sans balayer d’un revers de main cet argument, il faut se demander, comme pour l’éducation, si le problème n’est pas mal posé…

Cela peut paraître présomptueux de penser à l’après COVID-19 alors que nous sommes peut-être en RDC qu’au début de la crise. Le pire est peut-être encore à venir. Si c’est le cas, ces premiers enseignements sont précieux pour nous préparer à encaisser les chocs à venir.

On est ensemble !

StopCoronavirus

Raïssa Malu
Professeur d’Universités
Consultante internationale en éducation

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