RDC : Kabund sur une chaise éjectable

En RDC, on aime jouer à se faire peur. Au moment où la pandémie de coronavirus entamait une courbe ascendante, on a vu le président de la chambre haute Alexis Thambwe Mwamba sortir toutes ses griffes et réclamer la tenue urgente du Congrès pour « corriger » l’ordonnance du Président de la République sur l’état d’urgence. Une ordonnance qu’il jugeait inconstitutionnelle. Pour Jean-Marc Kabund, 1er Vice-Président de l’Assemblée Nationale, la tenue du Congrès ne se justifiait pas, non seulement parce que l’état d’urgence était d’une nécessité impérieuse mais aussi parce qu’il fallait éviter au trésor public une inutile dépense d’environ sept millions de dollars. Ces deux interventions ont suffi pour mettre le feu aux poudres. Au point de voir un député du MLC s’allier au FCC pour initier une motion de défiance contre Jean-Marc Kabund au motif que le coût annoncé du congrès était de nature à mettre les députés et sénateurs en difficultés vis-à-vis de l’opinion publique. Question. De 2011 à ce jour, les deux chambres du Parlement se sont réunis en congrès à plusieurs reprises. Peut-on nous dire combien d’argent le trésor public a décaissé sous Kamerhe-Kengo, Boshab-Kengo, Minaku-Kengo et Mabunda-Thambwe ? Le peuple qui a semble-t-il désigné ces députés  qui siègent aujourd’hui dans l’hémicycle de Lingwala, veut avoir tous les chiffres pour juger sur pièce. Des vrais chiffres, pas ceux qu’on trafique pour les besoins de la cause. Le MLC Mamba a donc dégainé contre Kabund mais il garde curieusement un silence entendu sur l’acte posé par Alexis Thambwe Mwamba. Et pourtant, les Congolais ont bien suivi ce dernier tenant des propos méprisants à l’endroit du Chef de l’Etat. Il est même allé plus loin en jugeant, sans titre ni qualité, inconstitutionnelle l’ordonnance sur l’état d’urgence. Un état d’urgence de fait a-t-il martelé avec force avant d’être éconduit par la Cour Constitutionnelle qui l’a renvoyé à ses études en décrétant que l’ordonnance du Chef de l’Etat était conforme aux prescrits de la Constitution. Ceux qui sont à la recherche des crises à répétition devraient savoir à quoi ils s’engagent. Car la tête de Kabund ne représente pas le seul poids de sa personne. L’homme représente un maillon important de la fameuse coalition qui nous gouverne. Faire tomber ce maillon sans des justificatifs acceptés par toutes les parties peut entraîner le déséquilibre de l’édifice mis en place à coups de peine et de sueur. C’est probablement cela que certains pêcheurs en eaux troubles recherchent sans être en mesure de tirer toutes les conséquences qui s’imposent. Maintenant que tout le monde sait à quoi s’attendre, que personne ne vienne se plaindre demain car nul n’a le droit de se prévaloir de sa propre turpitude.

Pas un secret d’alcôves. Jean-Marc Kabund A-Kabund, 1er vice-président de l’Assemblée nationale est sur une chaise éjectable. Une pétition de sa déchéance, initiée par Jean-Jacques Mamba, circule depuis quelques jours dans les milieux des députés au Palais peuple. S’exprimant hier jeudi 14 mai sur la radio Top Congo FM, le député MLC, auteur de ladite pétition, dit avoir déjà récolté soixante-deux signatures de ses collègues depuis le mercredi dernier.

A en croire des sources ayant des entrées faciles au Bureau de l’Assemblée nationale, c’est finalement jeudi, que le député national Jean-Jacques Mamba a déposé sa pétition et la liste de tous les signataires au Bureau de cette chambre du Parlement. Après l’étape de collecte de signatures, la Présidente de l’Assemblée nationale, Jeanine Mabunda, devra convoquer la plénière devant examiner l’initiative du député Jean-Jacques Mamba contre Jean-Marc Kabund.

Cependant à l’Udps, on soutient de plus en plus qu’une cinquantaine de députés nationaux du FCC, seraient parmi les soixante-deux signataires de la pétition contre Jean-Marc Kabund. Mais l’auteur de l’initiative rejette cette accusation qu’il qualifie de gratuite, ajoutant qu’il comptait moins de 40 signatures des députés battant pavillon FCC.

Jean-Jacques Mamba accuse Jean-Marc Kabund de n’avoir pas fourni les preuves de ses allégations faites au cours du magazine TOP presse de Top Congo FM. Au cours de cette émission, le président ai du parti présidentiel s’était inscrit en faux, contre le projet d’organisation d’un congrès du Parlement qui, selon lui, requerrait une bagatelle somme de 7 millions de dollars. Selon lui, on ne pouvait pas dilapider l’argent du trésor pour un congrès paraissant à ses yeux inopportuns et que le pays devrait mobiliser autant de ressources financières en cette période particulière où la RD Congo fait face à une crise économique sévère, consécutive à la survenance de la pandémie de covid-19.

C’est donc ces propos de Jean-Marc Kabund qui ont motivé son collègue Jean-Jacques Mamba, à lui exiger les preuves de ses allégations, soutenant que celles-ci jetaient de l’opprobre sur l’institution parlementaire. A ce jour, le député MLC dit n’avoir jamais reçu la moindre réponse à toutes ses correspondances. Qui pis, son assistant parlementaire, sest retrouvé avec une chemise en lambeau, après une agression devant le bureau de Jean-Marc Kabund, alors que l’infortuné s’y rendait pour déposer le second courrier du député Jean-Jacques Mamba, adressé au 1er vice-président de la chambre basse.

On rappelle que dans une correspondance datée de mardi 21 avril 2020 avec ampliation à Jeanine Mabunda, le député Jean-Jacques accusait Jean-Marc Kabund de se comporter comme un « militant » plutôt qu’un « homme d’État. » Ainsi, l’invitait-il à démissionner. Sans quoi, il dégainerait l’article 31 du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale.

« Monsieur le Premier vice-président et cher collègue, nous avons estimé que vous étiez digne de nous représenter au bureau et c’était sans compter sur le fait que vous n’arrivez toujours pas à faire un distinguo entre le militantisme et le sens de responsabilité qu’oblige votre rang. », avait écrit Jean-Jacques Mamba à Jean-Marc Kabund.

Dans cette même correspondance, le député MLC écrivait encore : « Vous n’avez pas été en mesure de fournir le budget et éléments que je vous ai demandés et la raison est simple, vous aviez affabulé sur les 7 millions USD pour ameuter les auditeurs et décrédibiliser tous ceux et celles de vos collègues qui, en toute liberté et responsabilité, pouvaient avoir un avis contraire. »

Dès lors, Jean-Jacques Mamba, sans circonlocutions, estime que l’attitude affichée par son collègue Jean-Marc Kabund ne correspond pas à la hauteur qu’exige sa fonction. Ce qui le pousse à suggérer sa démission du bureau, à défaut des excuses publiques à l’assemblée nationale.  » L’UDPS est un parti qui force le respect, je crois en sa capacité de nous présenter un autre collègue susceptible d’agir dans le respect de la déontologie aux fins de maintenir le prestige de notre institution. L’article 31 de notre Règlement intérieur sera activé si dans les 48 heures vous ne tirez pas les conséquences de la présente », menaçait Jean-Jacques Mamba dans son courrier sus-évoqué.

L’EQUATION KABUND…

Jean-Jacques Mamba réussira-t-il à obtenir la tête de Jean-Marc Kabund ? Toute la question est là. En attendant l’ultime délibération de l’assemblée plénière à convoquer à cet effet, des analystes estiment, D’ores et déjà, que le contexte politique actuel du pays pourrait constituer un obstacle réel à la démarche du député MLC.

Si techniquement, Jean-Jacques Mamba a usé de ses prérogatives classiques, son initiative n’énerve aucune disposition légale. Tant, l’article 31 du Règlement intérieur de la Représentation nationale lui reconnait ce droit. Cependant, sur le plan politique, il se pose un vrai problème de fond.

Une chose est d’avoir récolté soixante-deux signatures favorables à la déchéance de Jean-Marc Kabund de son piédestal. Mais le plus important reste à faire. A savoir, traduire cette adhésion en une expression de vote au cours de la plénière ad hoc. Dans une Assemblée nationale ou le FCC, partenaire du CACH dans la coalition au pouvoir, aligne plus de 300 députés sur l’ensemble de 500 membres qui composent cette chambre parlementaire, le jeu devra donc se jouer à ce niveau.

Même si Jean-Marc Kabund a été porté au trône à l’issue d’une élection de pairs, des analystes font observer qu’il ne s’est pas présenté à se poste de son propre gré. Bien au contraire. Le 1er vice-président de la chambre basse du Parlement a été présenté à ce poste par son parti UDPS. Et donc, c’est le Président du parti présidentiel qui est à ce jour, la première marche du bureau de l’Assemblée nationale.

A partir du moment où toutes les institutions du pays reposent ou fonctionnent en conformité avec l’accord politique FCC-CACH, plus d’un ne voit pas par quelle alchimie le député Jean-Jacques Mamba pourrait obtenir gain de cause. Si d’aventure, Jean-Marc Kabund venait à être déchu, c’aura donc été la preuve que l’initiateur de la pétition aura bénéficié d’un très large appui des députés FCC. Moralité, un tel résultat du vote ne pourra qu’impacter négativement sur les relations entre les deux principales plateformes coalisées qui cogèrent le pays.

Au nom de cette coalition, le jeu politique actuel en RD Congo semble ne rien envier à celui de la Transition en 2003. L’opinion se rappelle que dans ce nouveaux paysage politique issu de la clôture du Dialogue inter Congolais à Sun City en Afrique du Sud, la RD Congo avait expérimenté un régime politique hybride, formé des composantes, anciennes protagonistes à la crise qui avait secoué le pays depuis deux ans plutôt.

La marque de ce régime où le pays avait un Président et quatre vice-présidents, aura été que les ministres faisaient plus allégeance aux chefs de leurs composantes respectives, plutôt que de se comporter comme membre d’un corps. A ce jour, l’Udps surfe sur son accord avec le FCC, pour consacrer l’inamovibilité de son président, adjoint de Jeanine Mabunda au perchoir de l’Assemblée nationale.

(avec lePhare et ForumDesAs)

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