Boris JOHNSON, premier ministre britannique, un survivor du Covid-19.
Boris JOHNSON, premier ministre britannique, un survivor du Covid-19.

Pandémie : Les symptômes du Covid-19 se multiplient

De la tête aux orteils, en passant par les poumons et même les reins: chaque semaine la liste des symptômes provoqués par le nouveau coronavirus s’allonge et peu d’organes semblent épargnés par cette maladie dont les formes varient de bénignes à graves. En l’espace de trois mois, ce qui avait commencé comme une grippe classique s’est transformé en un catalogue de syndromes qui dans leurs formes les plus sévères peuvent déclencher ces désormais fameuses « tempêtes de cytokine », un emballement de la réaction immunitaire pouvant entraîner la mort. Il n’est pas rare qu’un virus provoque autant de manifestations, mais certains symptômes du SARS-CoV-2, comme la perte d’odorat ou la formation de caillots sanguins, semblent bien spécifiques à cette épidémie.

« La plupart des virus peuvent endommager les tissus là où ils se reproduisent ou provoquer des dommages collatéraux du système immunitaire qui combat l’infection », explique Jeremy Rossman, expert en virologie à l’Université britannique du Kent.

Les médecins soupçonnent le Covid-19 d’être responsable de l’hospitalisation de plusieurs dizaines d’enfants à New York, Londres et Paris présentant des états inflammatoires « multi-systémiques » rares, évoquant une forme atypique de la maladie de Kawasaki ou un syndrome du choc toxique, qui s’attaque aux parois des artères et peut provoquer une défaillance d’organes.

Des dizaines d’études médicales ont décrit d’autres conséquences potentiellement létales de la maladie, dont des accidents vasculaires cérébraux et des atteintes cardiaques.

Des chercheurs de l’Université de médecine de Nanjing (Chine) ont rapporté des cas de patients ayant développé des complications urinaires et des atteintes rénales aigües.

Ils ont observé des bouleversements dans les hormones sexuelles mâles, conseillant aux hommes jeunes désireux d’avoir des enfants de consulter une fois guéris.

« Se méfier d’à peu près tout »

Cet éventail de symptômes est-il unique ? Pas forcément. « Dans une maladie courante, les complications, même rares, arriveront fréquemment », décrypte pour l’AFP Babak Javid spécialiste des maladies infectieuses du Centre hospitalier universitaire de Cambridge.

Plus de 4 millions de cas ont été déclarés dans le monde, mais le vrai nombre d’infections « pourrait atteindre des dizaines, voire centaines de millions », selon M. Javid. « Si une personne sur mille, même sur dix mille, développe des complications, cela fait quand même des milliers de gens ».

Les médecins généralistes, en première ligne, ont été les premiers à tenter de dégager des schémas dans l’évolution de l’épidémie.

« On nous avait dit au début: fièvre, maux de tête, petite toux. On nous a rajouté: nez qui coule, gorge qui gratte. Ensuite, c’étaient les symptômes digestifs: diarrhée, maux de ventre », se souvient Sylvie Monnoye, médecin de famille à Paris.

Puis douleurs dans la cage thoracique, perte du goût et de l’odorat, liaisons cutanées comme l’urticaire ou des engelures sur les orteils, troubles neurologiques… « On a commencé à se dire qu’il fallait se méfier d’à peu près tout », commente le Dr Monnoye.

Lenteur des autorités sanitaires

Ces témoignages sont confortés par un rapport interne du Centre de prévention et de lutte contre les maladies (CDC) aux Etats-Unis, qui a analysé les symptômes sur 2.591 patients hospitalisés entre le 1er mars et le 1er mai.

Les trois quarts des patients avaient des frissons, de la fièvre et/ou de la toux, et presque autant des difficultés respiratoires, symptômes les plus courants du nouveau coronavirus.

Près d’un tiers se plaignait de courbatures, idem pour la diarrhée; un quart des nausées ou des vomissements. Quelque 18% avaient des maux de tête, 10 à 15% des atteintes pulmonaires ou abdominales, le nez qui coule, des maux de gorge.

Or, jusqu’à la fin avril, le CDC n’avait listé que trois symptômes: toux, fièvre et difficultés respiratoires. Son site internet a été actualisé depuis mais n’en a ajouté que quelques uns: frissons, courbatures, maux de tête, perte d’odorat. Les autorités sanitaires françaises en ont fait de même début mai.

Caillots sanguins, défaillance des reins

La perte de l’odorat (anosmie) et du goût (agueusie) n’a été repérée que chez 3,5% des patients de la cohorte de la CDC, mais les experts pensent que ces symptômes sont plus répandus chez des cas moins sévères.

L’anosmie et l’agueusie surviennent rarement avec d’autres virus. Tout comme l’apparition de caillots sanguins, que des études ont relié à des problèmes cardiaques, des thromboses hépatiques, des embolies pulmonaires et des lésions cérébrales chez des patients du Covid-19.

« Quand un malade du Covid-19 est très atteint, il peut avoir des problèmes de caillots sanguins, qui semblent bien plus fréquents qu’avec d’autres virus », selon Babak Javid, qui conclut: « comparé à la grippe, vous avez plus de chances de devenir très malade et de mourir ».

LA PEUR D’UN REBOND DE LA PANDÉMIE

De la « joie », mais aussi de « l’appréhension »: la France et une partie de l’Espagne vivent dimanche leur dernier jour de confinement, mais la peur d’un rebond de la pandémie de coronavirus qui a fait près de 280.000 morts prédomine, des foyers ressurgissant à travers le monde, notamment à Séoul et Wuhan. Deux mois qu’ils attendaient cela ! Dans ces deux pays parmi les plus endeuillés de la planète, une majorité des habitants vont pouvoir renouer avec un semblant de vie sociale et un minimum de liberté de mouvement, comme les Chinois, les Italiens ou les Allemands avant eux. « On navigue entre plus de libertés, ce qui nous rend heureux, mais aussi beaucoup d’incertitudes qui peuvent générer du stress », confient Clément Darras et Olivia Guarino, un couple de trentenaires parisiens. 

Près de cinq mois après son apparition en Chine fin 2019, la pandémie qui a conduit au confinement de plus de la moitié de l’humanité et mis l’économie mondiale à genoux apparaît sous contrôle dans un nombre croissant de pays.

Mais le spectre d’une deuxième, voire d’une troisième vague, brandi notamment par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), est omniprésent.

La ville de chinoise de Wuhan, où le virus avait commencé à frapper, est venue le rappeler: les autorités y ont annoncé dimanche un nouveau cas, après plus d’un mois de répit à la suite d’un confinement draconien.

Le rouge et le vert

En Corée du Sud, où la progression du virus avait également été stoppée, la ville de Séoul a dû de son côté ordonner la fermetures des bars et discothèques, après de nouveaux cas de propagation.

Ce nouveau foyer « fait prendre conscience que ce genre de situation peut se présenter n’importe quand », a souligné dimanche le président sud-coréen Moon Jae-in. « Ce ne sera pas fini avant que ce soit vraiment fini », a-t-il martelé.

Egalement citée en exemple, l’Allemagne a pour sa part vu le seuil critique de 50 nouvelles contaminations pour 100.000 habitants être franchi dans trois cantons.

Dans ce pays, où la Bundesliga doit reprendre dans les prochains jours, bars et restaurants ont pu rouvrir dès samedi au Mecklembourg-Poméranie, au bord de la Baltique.

Mais rien n’y est vraiment comme avant. « Nos salariés doivent porter un masque et nos clients doivent respecter la distanciation sociale », souligne Thomas Hildebrand, restaurateur à Schwerin.

En France même, où une réouverture controversée des écoles a été prévue par le gouvernement, deux foyers épidémiques ont été détectés dans le centre du pays, dont l’un après une réunion de… préparation de la rentrée.

Afin de limiter les risques de propagation, seule une partie de l’Espagne sera déconfinée. Plusieurs grandes villes, comme Madrid ou Barcelone, restent soumises à de sévères restrictions.

« La première chose que je vais faire, c’est organiser un dîner à la maison avec mes amis », indique Olegario Yanez, 41 ans, à Linares, une ville d’Espagne bénéficiant du déconfinement.

En France, celui-ci sera également modulé entre régions « vertes » et « rouges ». Comme Paris, où les autorités appellent à la plus grande vigilance. Partout, le masque sera obligatoire dans les transports et les gestes barrières de rigueur.

« Second pic »

Plusieurs autres pays vont également accélérer leur levée des restrictions lundi, après la Turquie dimanche. A l’opposé, la Russie, avec plus de 10.000 cas par jour, a dû renforcer son dispositif. La marque des 200.000 cas y a été atteinte.

C’est dans ce contexte que le Premier ministre britannique Boris Johnson, lui-même rescapé du Covid-19, doit présenter dimanche soir son plan en vue d’un déconfinement dans le deuxième pays au monde le plus endeuillé (plus de 31.500 morts).

Mais seuls de légers assouplissements sont attendus. « Nous ne pouvons pas risquer un second pic » de contaminations, a prévenu M. Johnson sur Twitter.

Accusé comme le dirigeant britannique d’avoir tardé à mesurer l’ampleur de la pandémie, le président américain Donald Trump, dont le pays est le plus touché de la planète avec près de 80.000 morts, voit le virus se rapprocher de son entourage.

Katie Miller, la porte-parole du vice-président Mike Pence, a été testée positive. Et trois membres de l’équipe anti-coronavirus de la Maison Blanche, dont l’épidémiologiste Anthony Fauci, vont rester en isolement après de possibles expositions, selon des médias américains.

Bolsonaro en jet-ski

La gestion de la crise par M. Trump a été éreintée par son prédécesseur Barack Obama. « Un désastre chaotique absolu », a-t-il jugé lors d’une conversation téléphonique avec d’anciens collaborateurs de son gouvernement, dévoilée par Yahoo News.

En Amérique du Sud, la marque des 10.000 morts a été franchie au Brésil, un pays de 210 millions d’habitants susceptible de devenir le nouvel épicentre de la pandémie. Ce qui n’a pas empêché le président Jair Bolsonaro d’être vu en train de faire du jet-ski sur un lac de Brasilia, selon le média en ligne Metropoles.

En Iran, pays le plus touché du Moyen-Orient avec 6.500 décès recensés, la réouverture des commerces s’accompagne déjà d’une hausse des infections. Celle-ci « est en partie due (…) aux gens qui vont faire du shopping », selon Massoud Mardani, du ministère de la Santé.

A Genève, une des villes les plus riches au monde, le coronavirus révèle la misère des plus précaire. « Tout est tellement plus difficile depuis le début de la crise », explique Silvia, 64 ans, réduite comme des milliers de personnes à faire la queue pour une distribution alimentaire.Quant aux Belges, il peuvent recommencer dès ce dimanche de fête des mères à recevoir quatre personnes à leur domicile. « Nous avons sorti au jardin notre plus grande table et cela afin de garder malgré tout cette sacrée distanciation sociale entre chaque convive », confie Patrick Rodriguez, marchand de journaux à Bruxelles.

(avec Afp)

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