Édouard Philippe, Premier ministre français.
Édouard Philippe, Premier ministre français.

Déconfinement : Inquiétudes en France

Une semaine pour lever les incertitudes sur les écoles, les transports ou le dépistage et le suivi des malades: le Premier ministre Edouard Philippe a soumis lundi au Sénat les modalités de son plan pour le déconfinement progressif de la France, qui débutera le 11 mai mais continue de susciter des inquiétudes.

C’est jeudi que seront arrêtés les derniers détails du déconfinement, sur la base des dernières informations sanitaires, a rappelé le président Emmanuel Macron lundi après-midi en appelant à aborder cette « nouvelle étape » avec « calme, pragmatisme et bonne volonté ».

Après les députés mardi dernier, Edouard Philippe a présenté en début d’après-midi sa stratégie de déconfinement aux sénateurs, qui doivent voter à l’issue d’un débat, en insistant sur l’impératif d’une reprise progressive de l’économie et des écoles.

Le chef du gouvernement, qui considère que « la vie économique doit reprendre impérativement et rapidement, avec des aménagements, avec de la bonne volonté », a mis l’accent sur le « coût social et économique colossal » du confinement.

Il a annoncé le versement d’une nouvelle aide, 200 euros versés à 800.000 jeunes de moins de 25 ans « précaires ou modestes », qui s’ajoute à celles déjà promises aux ménages les plus défavorisés.

Le déconfinement sera « reporté » à Mayotte, où « le virus circule activement », a annoncé Edouard Philippe. Partout ailleurs, le 11 mai « ne sera pas le début de l’insouciance: ce sera le début de la reprise, il faut nous y engager avec prudence et responsabilité », a-t-il déclaré.

Plus tard dans la soirée, le Sénat se penchera également sur le projet prorogeant l’état d’urgence sanitaire de deux mois, jusqu’au 24 juillet, avant l’examen de ce texte à l’Assemblée nationale à partir de mardi.

« Catastrophe »

Parmi les inconnues qui perdurent sur l’après-11 mai, les inquiétudes des parents, enseignants et élus se cristallisent sur la question des écoles, que de nombreux maires refusent de rouvrir dès la semaine prochaine.

Mais leur fermeture constitue « une catastrophe » pour les enfants vulnérables, pour le Premier ministre, qui voit dans leur réouverture « une priorité, sociale et républicaine, qu’il faut évidemment concilier avec nos impératifs sanitaires ».

La « majorité des écoles » maternelles et primaires seront au rendez-vous du 11 mai, a assuré le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer, avec un maximum de quinze enfants par classe.

Ces écoles devront respecter un protocole sanitaire très strict: lavages des mains répétés, jeux proscrits, désinfection du matériel… un vrai casse-tête, surtout en maternelle, font valoir certains enseignants.

Sur le plan sanitaire et la question des masques, Edouard Philippe est par ailleurs revenu sur la polémique concernant la grande distribution, dont les millions de masques annoncés à la vente à partir de lundi ont indigné les professionnels de santé.

« Il n’y a jamais eu de stocks cachés: il y a eu des commandes massives, et il faut un certain temps avant qu’elles se concrétisent », a expliqué le chef du gouvernement. « L’Etat, les collectivités, les entreprises, la grande distribution travaillent main dans la main pour que les masques soient accessibles à tous, sur tout le territoire à partir du 11 mai ».

L’objectif est d’éviter une seconde vague de contamination au moment où la situation dans les hôpitaux se détend. Les services de réanimation restent saturés avec un nombre total de malades hospitalisés toujours supérieur aux capacités initiales, mais la baisse se poursuit en ce qui concerne les patients atteints du Covid-19 (8 en moins en 24H).

Le coronavirus a causé 135 décès supplémentaires en 24H en France, soit un total de 24.895 depuis le 1er mars.

Rouge/vert

Sur la dernière carte diffusée par les autorités dimanche, la moitié des départements français étaient classés en vert, ce qui signifie qu’un déconfinement plus large pourra y être organisé. La carte définitive est attendue jeudi soir.

Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a toutefois prévenu que les régions vertes ne seraient pas exemptes de contraintes.

« Si vous pensez qu’on peut libérer totalement la circulation et ne pas respecter les règles dans cette région au motif que c’est une région verte, je peux vous dire qu’en deux semaines elle sera rouge », a-t-il mis en garde.

Une certitude sur l’aspect sanitaire: si les tests virologiques seront largement utilisés pour détecter les personnes malades et les isoler, il ne faudra en revanche pas compter sur une généralisation des tests sérologiques. S’ils permettent de dire qui a été malade ou non, ils ne garantiront pas qu’on ne peut plus plus attraper le coronavirus: « Est-ce que ces anticorps (…) protègent les personnes? Nous n’avons pas cette certitude », a expliqué lundi sur RTL Dominique Le Guludec, présidente de la Haute autorité de santé (HAS).

La HAS ne peut conseiller un dépistage général à l’heure actuelle, car cela risquerait de rassurer la population à tort », a-t-elle averti.

Au cours du week-end, le gouvernement avait également apporté des précisions sur l’assouplissement du confinement et annoncé une « quatorzaine » obligatoire pour les personnes arrivant sur le territoire national, avec un isolement si elles sont malades. Mais, a précisé l’Elysée dimanche, cette règle ne s’appliquera pas aux voyageurs en provenance de l’Union européenne, de l’Espace Schengen ou du Royaume-Uni.

Concernant les personnes testées positives alors qu’elles se trouvent déjà en France, aucune mesure coercitive n’est prévue.

Sur le plan de l’emploi, 11,7 millions de salariés dans 911.000 entreprises sont désormais concernés par le chômage partiel. Jeudi dernier, le géant Amazon a demandé à bénéficier de ce dispositif pour ses six sites français dont l’activité a été suspendue, une demande refusée par l’administration.

Alors que le transport aérien est très touché par la crise, la Commission européenne a par ailleurs autorisé lundi la France à octroyer un soutien de 7 milliards d’euros à Air France.

FERMETURE DE STATIONS DANS LES TRANSPORTS PUBLICS

Des fermetures de stations sont envisagées dans les transports publics afin de réduire les flux de passagers, a annoncé lundi la ministre de la Transition écologique Elisabeth Borne alors que les opérateurs craignent de ne pas pouvoir assurer la distanciation physique.

« Dans chacune des grandes métropoles, en particulier en Ile-de-France, différents scénarios sont examinés avec dans certains cas des hypothèses où on limiterait le nombre de stations ouvertes », a déclaré sur LCI la ministre, également en charge des Transports.

« Dans certains cas on n’exclut pas de fermer certaines stations, certaines correspondances pour pouvoir s’assurer que le flux d’entrées dans les transports en commun est bien maîtrisé », a-t-elle ajouté, précisant que cela devait être tranché « rapidement ».

Le Premier ministre Edouard Philippe a annoncé mardi que le port du masque et le respect des règles de distanciation seront obligatoires dans les transports publics pendant au moins trois semaines après la fin du confinement le 11 mai.

Mais les opérateurs ont prévenu qu’ils n’étaient pas en mesure d’assurer cette distanciation sans une « limitation drastique des flux en amont » à un maximum de 10% à 20% de la capacité des véhicules, dans une lettre commune envoyée jeudi au chef du gouvernement, dont l’AFP a obtenu une copie.

Un espacement obligatoire d’un mètre entre passagers « limitera mécaniquement notre capacité à transporter un nombre de voyageurs suffisant à la reprise économique », ont mis en garde les patrons de la RATP, la SNCF, Keolis et Transdev, exprimant leur hostilité à une telle mesure imposée au niveau national.

Les opérateurs craignent notamment « en cas de forte affluence, de devoir prendre (…) des décisions d’arrêt du service susceptible de générer des troubles à l’ordre public ».

« Il leur revient d’augmenter l’offre de transport le plus possible mais en même temps il faut absolument réduire drastiquement la demande aux heures de pointe », a reconnu lundi Mme Borne, rappelant l’appel aux employeurs à maintenir « le plus possible » leurs salariés en télétravail et à « étaler les horaires d’arrivée et de départ ».

« Il faut réduire drastiquement les flux et c’est ce qui rendra possible la distanciation dans les transports », a-t-elle martelé. Ce sera aux entreprises de faire respecter cette distanciation, « avec des renforts de la sécurité civile, des polices municipales et avec le soutien des forces de l’ordre ».Le défaut de port de masque dans les transports sera puni d’une amende de 135 euros. Selon Mme Borne, « il faudra aussi prévoir des contrôles et des sanctions pour qui ne respecterait pas ces règles » de distanciation.

(avec Afp)

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