Thomas Lubanga, ancien prisonnier de la CPI.
Thomas Lubanga, ancien prisonnier de la CPI.

RDC : Des ambassadeurs de la paix controversés

L’initiative du chef de l’État de prendre personnellement langue avec les deux figures emblématiques qui ont ’’déjà expérimenté la haine’’ de l’autre, en Ituri, est une démarche républicaine à encourager. Reste à Lubanga et Nzabu (deux anciens seigneurs de guerre de l’Ituri) de jouer en toute franchise le rôle de pacificateur qui leur est confié. En convainquant, en particulier, les jeunes Hema et Lendu en guerre ’’à déposer les armes et à œuvrer pour la paix’’.

Image insolite. Le 28 avril 2020, le président de la République a accueilli deux anciens seigneurs de guerre de l’Ituri. Au sortir de l’audience, Thomas Lubanga et Floribert Nzabu se proposent ambassadeurs de la paix.Leur nouveau discours, après des années de prison, convertira-t-illa nouvelle génération de miliciens ?

Chaque poison, dit-on, a son antidote. L’initiative du chef de l’État de prendre personnellement langue avec les deux figures emblématiques qui ont ’’déjà expérimenté la haine’’ de l’autre, en Ituri, est une démarche républicaine à encourager. Reste à Lubanga et Nzabu de jouer en toute franchise le rôle de pacificateur qui leur est confié. En convainquant, en particulier, les jeunes Hema et Lendu en guerre ’’à déposer les armes et à œuvrer pour la paix’’.

Il est vrai. Pour la communauté internationale, en général, et les Congolais en particulier, les crimes de Lubanga et de Nzabu font partie du passémouvementé de la RD Congo. La Cour pénale internationale (CPI) les a proportionnellement sanctionnés pour crime contre l’humanité et génocide.

Curieusement, des années de procès et de prison à l’encontre de Lubanga et Nzabu n’ont, semble-t-il, pas entamé le bellicisme de la jeunesse iturienne. Pis, la sévérité de la sanction infligée à ses aînés ne paraît pas avoir produit un quelconque effet dissuasif. C’est ainsi que l’Ituri est, à l’heure actuelle, à feu et à sang. Par la faute de sa jeunesse Hema et Lendu. Comme il y a 20 ans.

Lorsque Tshisekedi exhorte les Ituriens qu’’’il est temps d’expérimenter l’amour’’, cet appel exige des ambassadeurs chargés de réconcilier Hema et Lendude se départir de la duplicité. Ils devront, pour cela, mettre à contribution l’avantage de leur expérience acquise, tant dans la guerre fratricide que dans les geôles, pour convertir les jeunesmiliciens. En avant, donc, Messieurs les Ambassadeurs !

Le message de paix d’un ancien seigneur de guerre

« Voilà en effet 20 ans que l’Ituri est en proie à des violences, tantôt larvées, tantôt d’une extrême gravité comme c’est le cas actuellement. Hier, c’était le Sud du territoire d’Irumu que ravageaient les miliciens Ngiti de FRPI. Peu avant que les FRPI rendent les armes et entreprennent de négocier le principe d’un precantonnement avec le gouvernement, ce sont les miliciens Lendu de CODECO qui ont surgi dans le territoire de Djugu et qui s’illustrent jusqu’à l’heure où nous parlons par des actes d’une barbarie inouïe qui rappellent les millénaires passés. Aujourd’hui, c’est une troisième milice Chini ya Kilima dont les contours et les intentions sont mal définis, qui vient de faire son apparition en milieu Bira dans le territoire d’Irumu. Dans l’ensemble, les groupes terroristes anciens ou naissants sévissent sur une large portion de l’Ituri et il est fort à craindre qu’ils plongent toute la province dans l’instabilité qui la rendrait ingouvernable si rien n’est fait pour contrer leurs actions maléfiques ».

Le cri de détresse est de Thomas Lubanga Dyilo, président national de l’Union des Patriotes Congolais (UPC), l’un des leaders de l’Ituri. Il l’a lancé au cours de la conférence de presse qu’il a animée hier jeudi 7 mai en la salle des réunions de la Cathédrale du Centenaire protestant dans la commune de Lingwala, à Kinshasa.

Le but de sa sortie médiatique, a-t-il de expliqué, était de lancer un appel à ses frères et sœurs ituriens pour arrêter la violence et privilégier la paix, gage de tout développement dont la province a besoin.

Acteur et témoin vivant des atrocités qu’a connues la province dans les années 2000, le président de l’UPC refuse de voir l’Ituri, devenu aujourd’hui province replonger dans la violence.

Il a rappelé qu’il a été reçu par le Chef de l’État, il y a quelques jours pour parler de la paix en Ituri. Il a indiqué que Félix Tshisekedi affiche sa détermination à pacifier, et cela dans le meilleur délai.

Il a saisi cette occasion pour faire remarquer aux Ituriens que contrairement aux années 2000, où il y avait l’absence de l’État, aujourd’hui, on a un gouvernement responsable et légitime qui se montre prêt à instaurer une paix durable et définitive en Ituri. Ses actions sont visibles sur le terrain à travers plusieurs initiatives régaliennes y compris l’assistance sans faille aux populations déplacées ayant fui les hostilités.

Par ailleurs, Thomas Lubanga s’est dit choqué de constater que ceux qui se livrent actuellement à la violence, n’ont jusqu’ici fait aucune revendication pour justifier les raisons qui les poussent à agir de la sorte.

« Avec vous, nous parlons les mêmes langues, nous avons les mêmes noms, nous buvons l’eau des mêmes sources, nous avons étudié dans les mêmes écoles, nous fréquentons les mêmes marchés. Ce qui nous unit est plus dense et plus fort que ce qui nous divise. Nous haïssons vos actes mais nous ne vous haïssons pas. Rappelez-vous, après ce qui s’est passé en début des années 2000, nous avons retrouvé notre vie commune ». C’est par cette invitation à ceux qui se livrent actuellement à la violence, notamment les miliciens CODEC constitués des membres de l’ethnie Lendu à cultiver la paix que l’ancien pensionnaire de la CPI a terminé son adresse.

(avec lePotentiel et lePhare RDC)

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